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Alpage

Ces derniers jours, alors que la polémique enflait autour du nouveau SUV Renault, qui s’appropriait indûment le nom d’Alpine, tel Patrocle revêtant l’armure d’Achille pour aller combattre à la place de son cousin bien aimé, faisant croire à Hector, juste le temps de se faire tuer par lui, qu’il était bel et bien Achille, puisqu’il en avait l’apparence, sauf qu’il n’en avait ni la puissance, ni l’agilité, qu’il n’était pas capable de ce geste tellement beau qu’on peut contempler, magique de simplicité simultanément sauvage et classe, souple, musclé, bondissant et lourd comme une enclume tout à la fois, au début du film de Wolfgang Petersen, Troie, exécuté par un Brad Pitt animal, comme il sait l’être ; ces derniers jours donc, en suivant cette polémique, je lisais chez Les Alpinistes, ce résumé des critères permettant de reconnaître une Alpine digne de ce nom, à travers les mots de Jean Rédélé lui-même, dont on peut penser qu’il savait un tout petit peu de quoi il parlait :

J’ai choisi le nom Alpine pour ma firme, car cet adjectif représente pour moi le plaisir de conduire sur les routes de montagne. C’est en sillonnant les Alpes avec ma 4CV à boite 5 que je me suis le plus amusé.

Cette conduite passionnante, il fallait que mes clients la retrouvent au volant de la voiture que je voulais construire. Alpine est un nom qui sonne bien, c’est également un symbole.

On ne désespère pas que la marque puisse proposer à l’avenir, quand bien même elle va, comme toutes les autres, se convertir à l’électricité, des modèles qui visent encore cet horizon. Ce sera sans doute une expérience un peu différente, mais si le couple considérable apporté par l’électricité peut mettre en difficulté les trains avant des voitures électriques communes, on peut se dire qu’il devrait être une invitation à quelques passages d’épingles un peu intéressants, pour peu qu’on l’envoie, plutôt, sur le train arrière.

Bring it on

Mais en attendant qu’Alpine nous solutionne l’épineuse question du poids sur une bagnole qui doit embarquer des batteries, accordons encore un moment notre confiance au bon vieux moteur thermique. Et même si le 4 cylindres de l’A110 peut se comporter comme un brave pote donnant tout ce qu’il a sur le terrain pour être un partenaire de jeu joyeux, toujours partant, volontaire et n’hésitant pas à mouiller la chemise pour faire grimper le plaisir le long de l’épine dorsale de son conducteur, il faut admettre qu’on sait aussi faire, outre Rhin, des moulins capables d’embarquer la tonne sept de matériaux précieux et l’être humain qui se trouve au volant, de virage en virage, à bonne vitesse aussi. Evidemment, le poids demeurant un filtre qui atténue, nécessairement, les sensations et met à distance la route, les vibrations, tout ce qui fait qu’on vit mécaniquement le rapport avec la voiture, chacun des 600 kilos qui alourdissent une M4 par rapport à une A110, même s’il est plus que compensé par la puissance du 6 cylindres badgé M, est un lest qui interdit d’aborder les virages comme une gymnaste, et impose un peu le passage en force permanent ; ce que les BMW M3, et M4, coupé et cabriolets, savent très bien faire.

Du coup, alors que BMW lance les festivités du cinquantenaire de sa division M, pile poil au moment où elle acquiert pour de bon son cousin, Alpina (ce qui va sans doute nous laisser un peu songeur quant aux horizons que ces deux divisions superlatives de BMW vont pouvoir viser), c’est sur une route de montagne qu’à Munich, on a souhaité nous montrer ces trois versions d’un même genre, lancées dans une virée alpestre n’ayant pas grand chose à voir avec une transhumance, ne cherchant rien d’autre que le pur plaisir de rouler, cheveux au vent dans le modèle convertible qui autorise ce plaisir, au plus proche de la cavalcade mécanique, et du paysage, grandiose comme savent l’être les montagnes enneigées. Du côté de la bande son, ça doit être un peu comme écouter un orage un peu costaud à proximité d’un col, quelque part entre terreur et jouissance. Et si BMW se fend d’un nouveau spot tourné comme une scène de long métrage, c’est parce que pour l’occasion, le trio peut se parer de nouvelles peintures de guerre, histoire d’ajouter de l’exclusivité à l’exclusivité.

Mais la vraie nouveauté se trouve ailleurs : en fin de spot, écartant les héroïnes de ce film sur son passage, comme si elles étaient conscientes de n’être que des sous-fifres, apparaît tel un nouveau combattant au sein d’une escouade, celui qu’on n’attendait pas vraiment, car il n’aura jamais eu, dans la gamme munichoise, de prédécesseur : le break M3, classiquement appelé, selon la norme maison, Touring. Encore en tenue camouflage, et néanmoins déjà menaçant, comme s’il fallait bien ce volume de chargement supplémentaire pour embarquer la quantité de tonnerre mécanique qui, sous le capot, ne cherche qu’à se déverser brutalement sur le goudron ou, ici, sur la neige, comme s’il fallait au moins cette caisse de résonnance pour que les trois litres de cylindrée fassent entendre leur pleine capacité dans les basses fréquences, et qu’on en perçoive mieux les furieuses montées en régime.

Le Retour du Roi

Et, en regardant ce déménageur doubler le coupé, la berline et le cabriolet, on se dit que le monde va soudain être mieux fait. Bien sûr, le Touring va être encore plus lourd. Mais finalement, tant qu’à ne pas faire dans le poids plume, autant y aller carrément. Cette proposition est peut-être plus cohérente que ne peut l’être le coupé, qui n’a peut-être pas grand sens dans cette définition M, parce qu’il relève plus de la culture GT que du sport le plus radical. Pour grimper un col dans un coupé assurant le minimum de protection contre les éléments tout en préservant l’accès à un maximum de sensations de conduite, on peut tout à fait comprendre qu’on puisse préférer une A110. En revanche, s’il s’agit d’embarquer à la neige la petite famille (qu’on entende le concept comme le ferait Christine Boutin, ou comme ne cesse de l’évoquer Dominic Toretto), cette M3 Touring ressemble fort à un engin de rêve. Et on est presque surpris que depuis l’an 2000, où M avait construit un prototype de déclinaison touring de la série 3, on n’ait pas souhaité donner suite à cette idée, jusqu’à aujourd’hui.

Voila qui peut commencer à ressembler à une sorte de garage idéal, alors que l’ère du moteur à explosion semble toucher à sa fin : un petit coupé léger pour tirer la quintessence de chaque millilitre de carburant, et un break nettement plus velu pour arracher quatre personnes et leurs bagages en sortie d’épingle à cheveu. Ce break est une sorte de survivant, ce genre d’acte d’espoir qu’on peut voir chez des couples donnant naissance à un enfant dont on se dit qu’on est désolé pour lui, qu’il naisse au moment où le monde s’effondre. BMW poursuit l’histoire, parce que finalement, tant qu’on la raconte, elle n’est pas tout à fait achevée. Ajouterait-on un SUV à cette petite collection ? Finalement, si on peut monter au sommet d’un col en plein hiver au chaud dans ce break, à quoi ?


Rendons à César ce qui lui appartient : le titre n’est pas de moi, je l’ai piqué dans la page de présentation de ce nouveau Break badgé, tel l’horrible personnage de Fritz Lang, M.

Vous y découvrirez un truc marrant, que seuls quelques initiés très observateurs avaient repéré : il y a un an, BMW avait déjà montré cette déclinaison Touring de la série 3. Dans un spot intitulé The Drop, excellent comme tout ce que la marque tourne à M Town, il était là, dans la rue, grand ouvert, tranquille, déjà installé dans le paysage quadruple sortie d’échappement en vitrine. Il suffisait de regarder :

Last, but not least at all, merci à Xavier, dont on peut croiser le nom dans quelques commentaires en bas de certains articles, et qui m’a fait mettre le doigt sur cette apparition montagnarde du nouveau break de course munichois !

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