The We and the Eye

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Je n’avais pas pris le temps de le faire jusque-là, et la révélation de la new 308 m’en donne l’occasion, alors tel un félin voyant une proie passer, je saute dessus. Jamais en effet je ne vous ai parlé de He&Me, le duo de photographes qui est à l’origine de nombreuses prises de vue mettant en scène des Peugeot et qui, de nouveau, a été invité à saisir dans ses objectifs et ses capteurs numériques la nouvelle berline Peugeot.

C’est à la révélation du concept E-Legend que sur le fil Instagram de Gilles Vidal j’ai vu pour la première fois mentionné ce duo de metteurs en images. Et tout de suite, leur travail témoignait de ce qui est si important chez un photographe, et qu’on ne discerne pourtant pas toujours dans le flux des images où nous tentons de surnager : un regard.

He, c’est Yona Heckl. Me, c’est Tom Mennemann. Tous deux ont suivi un parcours assez similaire d’étudiants en photographie en Allemagne, puis d’assistants auprès de pointures avant de se croiser, de se reconnaître, et de commencer une collaboration qui prend depuis quelques années la forme de cet être double, inversible, gémellaire : He&Me.

Puisqu’il s’agit de regard, on peut tenter de le caractériser un peu, pour peu qu’on puisse décrire un regard. On pourrait être tenté de reconnaître leur style aux lieux particuliers dans lesquels ils mettent en scène leurs photographie, car la mémoire visuelle qu’on en garde est très urbaine, avec une lumière qui semble toujours venir de sources artificielles, ou avoir été filtrée ou reflétée par des surfaces architecturales. Ainsi, tout le set de photos dédié à la 308 est éclairé par une lumière de fin de journée, rasante, se faufilant entre les immeubles dont elle projette l’ombre géante au sol, sur les murs, laissant à peine la silhouette vert olivine émerger hors des tons bruns et bleu pâle dans lesquels baigne cet univers visuel. Peu à peu, la nuit tombe sur la ville et la seule automobile qui semble l’habiter ; et ce sont les éclairages spectaculaires de la 308 qui constituent le point focal du regard. Les photographes auraient tort de s’en priver, l’avant et l’arrière de cette voiture sont manifestement, de nuit, des éléments graphiques à part entière, qui invite le regard à les observer davantage, à en éprouver les contrastes, la texture, la profondeur. Signature lumineuse saisie en premier plan, mais aussi reflets multiples surfant à la surface lustrée de la carrosserie émeraude, leur manière de regarder la nouvelle série 3 de Peugeot en révèle les surfaces complexes, les pleins et les déliés qui composent sa sculpture dont on se dit qu’on n’a pas fini de la regarder, sa félinité, et son caractère menaçant aussi.

On n’est clairement pas du côté de la voiture à vivre. Sans tomber dans le caractère un peu excessif des mises en scènes BMW, la 308 ici semble être la voiture en compagnie de laquelle il faut être vu. On se tient à côté d’elle pour être sur la photo. L’être humain est l’accessoire de la voiture, plutôt que l’inverse. Sur les photographies composées pour la révéler, les humains semblent l’attendre, se tenir prêts pour elle, comme si c’était ici la voiture qui lançait à celui qui la conduira « On y va ? », et que celui-ci n’avait plus qu’à obéir, docile. On ne refuse pas grand chose à un lion quand il pose sa patte sur vous et qu’il commence à entrouvrir la gueule. Le panorama constitué par les prises de vue fait un peu penser à une relecture contemporaine des scènes d’attente dans West Side Story, ces moments où on contemple la ville alors que le soleil décline, et que tout un petit peuple de citadins noctambules attend son heure, appuyé à une volée d’escalier de secours, adossé à la carrosserie de la voiture, humant l’atmosphère qui semble déjà chargée des promesses de la nuit. C’est tout juste si on n’entend pas les claquements de doigts et la musique de Gershwin.

On retrouvait une ambiance finalement un peu semblable il y a quelques semaines dans cet autre set de photographies consacré cette fois ci aux 3008 et 5008 renouvelés. On sort de la ville pour faire une escapade là où ce genre de voitures peut mener. Et de nouveau la lumière est crépusculaire, les voitures sortent à peine de l’ombre, on les devine par contraste et on les reconnaît à leur signature lumineuse, stries blanches et rouges émergeant de la pénombre. Gravitant autour des deux SUV, on retrouve les mêmes personnages un peu neutres, sans identité précise, plutôt saisis dans l’attente de quelque chose, comme s’ils tentaient de capter dans le vent du soir quelques informations sur les événements que la nuit qui vient draine avec elle. L’impression ressentie, c’est d’observer un groupe d’animaux qui scrute le paysage pour y déceler un point d’eau, qui attend que vienne l’heure à laquelle ils pourront aller s’y abreuver, prenant simplement plaisir à sentir la chaleur diminuer, l’air circuler davantage, et l’heure des plaisirs nocturnes approcher.

Et on comprend mieux que petit à petit, la population qui habite les photographies que He&Me consacre aux modèles Peugeot constitue en réalité une espèce de meute animale, de troupe de félins aux contours variables, à la population fluctuante, faite d’individus solitaires se regroupant par moments pour réunir leurs forces et partager leurs plaisirs autour d’instincts communs. On retrouve là l’ambiance que Peugeot souhaite installer autour de sa nouvelle signature visuelle, en présentant ses équipes, mais aussi sa clientèle, comme un clan de lions en perpétuelle évolution sur un territoire qu’il semble avoir l’ambition d’investir, et dominer.

Ces éléments de langage visuel, on les trouvait déjà quand Tom Mennemann et Yona Heckl avaient été invités à poser leurs lentilles sur le concept E-Legend. Déjà les lumières rasantes, déjà l’attente et le regard porté vers ce qui s’approche sans être encore discernable. Il y a dans ce vocabulaire formel comme la préparation d’éléments conceptuels que la marque vient tout juste de développer pour de bon : le rapport au temps, la volonté d’en devenir maîtres. On pourrait se dire qu’on tombe dans un discours un peu vain qui fait penser aux scènes pénibles des maîtres du temps dans Fort Boyard. Et sans doute la marque devra-t-elle faire attention à ne pas tomber de ce côté là du ridicule. Mais on voit se dessiner, peu à peu, un discours autour de cette notion de temps, l’idée que puisque de toute façon il faudra bien à l’avenir passer du temps dans sa voiture, autant en profiter pour qu’il soit le plus qualitatif possible, qu’il ne soit pas subi, mais investi, enrichissant, que quelque chose d’important puisse s’y accomplir. E-Legend était conçu autour de ce projet, et c’est sans doute ce qui, de ce concept, a le plus filtré dans la 308 qu’on découvre aujourd’hui.

Tout ça commence à prendre du sens.

Et puis la relation à une marque est aussi une histoire de temps long. Avec l’arrivée de concurrents asiatiques toujours plus nombreux, qui ont affuté leurs armes et vont déferler avec une technologie efficiente et des prix cassés dans un paysage automobile classique globalement pris par surprise et ne parvenant pas à changer d’époque suffisamment vite, Peugeot la joue Force tranquille, s’appuie sur ce que sa propre histoire a su tisser, et sur un style de plus en plus maîtrisé qui permet d’entretenir le désir : la 308 en provoque, indéniablement, et elle suscite aussi cette façon de regarder vers l’avenir en se demandant, dans cette tombée de nuit sur le monde automobile, ce que le Lion nous prépare.

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