A-Team

In Concepts, O-Team Zafira Life, Opel
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J’ai plus d’appétit
qu’un barracuda 

Il se trouve que pour Opel, l’entrée dans l’univers PSA a pour effet, entre autres, d’introduire dans sa gamme ce véhicule qui a le cul entre deux chaises, à cheval entre le monde de la voiture particulière et l’univers des utilitaires : l’équivalent du Citroën SpaceTourer, du Peugeot Traveller, ou du Toyota Proace Verso. Le nom de ce modèle étonne un peu, puisqu’il s’appellera Zafira Life, bien qu’il n’ait plus grand chose à voir avec l’ancien Zafira, ne serait-ce qu’en termes de taille. Ainsi va le monde automobile : les monospaces sont passés de mode, remplacés dans le coeur des automobilistes par les SUV, mais il reste une possibilité pour les constructeurs de proposer des véhicules de loisirs confortables, équipés  de sièges mobiles, offrant un intérieur suffisamment vaste pour pouvoir être astucieusement aménagé et reconfiguré, ce sont les petits fourgons, qui dans leur version civile peuvent constituer de très bonnes machines à voyager. Et la quadruplette de PSA et Toyota, avec sa hauteur maintenue en dessous des seuils limites des parkings réservés aux voitures, est une base de choix pour ce genre de mission : elle peut servir de voiture pour tous les jours, et on peut s’imaginer partir en vacances à son bord, et y passer du bon temps. 

Mais voila, ces modèles oscillent entre deux looks : le corbillard pour stars, et la navette de la famille traditionnelle, avec ses porte-vélos à l’arrière, ses rideaux pare-soleil sur les vitres, et des doudous dans tous les vide-poche. Rien de très satisfaisant pour l’amateur de bagnoles. Seule exception dans cet univers cubique ; le Ford Transit qui propose une déclinaison Custom Sport, avec peinture de compet’, jantes éloquentes, allure conquérante. En dehors de ce modèle, les clients ont le choix entre le sinistre et l’austère, entre vitres fumées et finition à la playskool. 

Futé

Chez Opel, on a du se dire ceci : après avoir présenté le concept GTX Experimental, le lancement du Zafira Life pourrait avoir quelque chose d’un petit peu décevant, le modèle ne témoignant évidemment pas des intentions à moyen terme d’Opel en matière de style. La solution choisie par Opel est originale : au lieu de proposer une version luxueuse de l’engin, ce qu’aurait fait n’importe quelle autre marque, ils ont concocté un engin qui vient chatouiller nos mémoires de gamins, en faisant référence à un véhicule que tout le monde connait, le fameux GMC Vandura de l’A-Team, connue chez nous sous cet étrange nom : L’Agence tous risques. Tout le monde le connaît, avec son bon gros V8 sous le capot, ses captain-chairs, sa peinture de guerre, son pare-buffle et ses passagers, disons… un peu fantasques.

Côté capital sympathie, on est au taquet. Et mine de rien, ça a permis aux designers de repeindre le Zafira Life aux couleurs du concept GTX. C’est un lien ténu entre le manifeste esthétique des futures Opel et cet exercice de style un peu plus potache, mais la couleur est, après tout, un détail qui crève les yeux et qui assure un minimum de continuité dans les propositions de la marque. C’est aussi ce qui permet d’assumer le fait que, en réalité, ce concept n’est, ni plus, ni moins qu’un Zafira customisé, et derrière cet adjectif, il faut mettre tout ce que ça supposait quand on parlait de customisation dans les années 80, dans Chromes&Flammes : Abaissement général du véhicule (qui pourrait donc passer aisément sous les barres de limitation de hauteur, si un léger détails ne venait gâcher cet intéressant potentiel (on va y revenir), mais aura sans doute tendance à se poser sur le premier angle d’entrée en parking souterrain venu), reproduction du petit air « penché en avant » du fourgon de L’Agence tous risques, en maintenant le train arrière un poil plus haut sur ses ressorts que l’avant, tellement bas qu’on ne sait pas trop si les roues peuvent encore tourner sans arracher les ailes, et ce d’autant plus qu’évidemment, on y a installé de bonnes grosses jantes, qui laissent entrevoir les inévitables étriers de frein peints aux couleurs des concepts Opel, c’est à dire dans ce genre de jaune qui hésite un peu entre fluo et phosphorescent; un aileron posé sur le toit, qui vient foutre en l’air toute la définition de ce fourgon, dont on va rappeler qu’il est le seul à disposer d’une hauteur hors-tout contenue à 1,90m, ce qui lui permet d’entrer dans les parkings souterrains, ou par exemple, pour les franciliens, d’emprunter le duplex. Dans un grand élan de n’importe quoi, la customisation ruine cette possibilité pour le simple plaisir d’adopter cet accessoire racing qui n’a vraiment – l’absence de préparation moteur le garantit – aucune utilité aérodynamique. Mais ça permet de poursuivre le mouvement initié par la peinture deux tons, qui remonte en oblique vers cet appendice délicieusement absurde. Ajoutons un pare-buffle, au cas où. Au cas où quoi ? Sans doute au cas où un buffle venait à traverser la rue ? A moins que cela permette de faire ce genre de manœuvre que la police américaine affectionne, consistant à foncer dans l’arrière-train des brigands pour leur faire faire un tête-à-queue et les appréhender, figure qu’on n’a jamais vu faire par L’Agence tout risques et que nos forces de police évitent de tenter sur nos routes. Mais peut-être est-ce là une partie de la stratégie de la conquête de l’Amérique à laquelle PSA, on le sait, réfléchit ces temps ci…  Ajoutons un capot peint en noir,  détail qu’on a retrouvé, récemment, sur le Grandland X hybrid, et qui mériterait qu’on lui consacre un article à lui tout seul. Enfin, gros oubli : pas de phares additionnels. Comme on dit dans Le Cinquième élément : nous sommes très désappointés !

Allez, roule Barracuda

A l’intérieur, investissement minimum : pas de moquette, pas d’aménagement baroque, on se contente de semer par ci par là des touches de phosphojaune : volant, palettes de la boite de vitesse, surpiqûres des sièges baquets, et voilà. Pas de fusil mitrailleur intégré au hayon arrière, ni de vision nocturne, pourtant disponible en série sur certains modèles du groupe PSA. Hannibal risque d’être un poil déçu par le manque d’imagination, côté équipements. Et c’est peut-être là que le concept ne joue pas tout à fait le jeu : si on prend ce genre de référence, on y va a fond, ou on ne le fait pas du tout. Du coup, il a tout de même fallu qu’Opel nomme ce concept de façon explicite (et on imagine assez bien la séance de brainstorming un peu pénible, autour de ce nom, à l’issue de laquelle on a dit quelque chose comme « Bon, donc on n’a pas de meilleure idée ? Allez, on l’appelle O-Team ! »), pour que la référence soit évidente. Car les couleurs n’étant pas les bonnes, il y aurait un risque non négligeable que le public ne saisisse pas bien la référence. 

En fait, le concept est évidemment assez anecdotique, et il n’a pas d’autre vocation que de faire la blague au milieu du rassemblement annuel des fans d’Opel à Oschersleben. Mais il témoigne aussi de la position peut-être un peu frustrante d’Opel au milieu du groupe PSA : c’est censé être la marque raisonnable, qui doit capter les clients un peu timorés, qui refuseraient par principe de rouler en Citroën, ne savent même pas que DS existe, et apprécient les derniers modèles Peugeot, en rêve même secrètement, mais n’oseraient jamais en acheter un, empêchés par de sombres problématiques du genre « de quoi on va avoir l’air, dimanche, à la sortie de la messe ? » Le problème, c’est que fonder une marque sur une totale absence de fun, ça ne facilite pas le boulot des designers, qui doivent se contenter de faire du joli, du conventionnel (s’ils étaient musiciens, ils écriraient des titres pour Céline Dion, en somme), et ça complique un peu le travail du service comm’, qui doit pour le moment se rabattre sur des messages un peu flippants, du genre « en Allemagne, on adore regarder les gens faire des créneaux, vive l’Europe ! » On sent bien que le fourgon O-Team se trouve au summum de ce à quoi PSA peut autoriser Opel en terme de délire. Ok les gars, délirez, mais pas trop. Allez donc piocher dans l’imaginaire automobile de la classe moyenne cinquantenaire, a priori, ça doit correspondre, en gros, à la clientèle Opel. Mais ne poussez pas le bouchon trop loin non plus. 

I love it when a plan comes together

On comprend donc mieux pourquoi ils doivent être un peu emmerdés, chez Opel, de voir la révélation de la Corsa se heurter à la présentation de cette déclinaison un peu fantasque du Zafira : le message est, d’un coup, joliment brouillé. Ce qu’Opel avait prévu, et qui s’était déroulé jusque là sans accro, c’était une série de reportages portant sur des essais de Corsa camouflées, histoire que les journalistes se concentrent sur les sensations de conduite, qui s’annoncent plutôt bonnes, apparemment. Patatras, la diffusion des images a pour effet que personne ne parle plus de ces essais, alors que la démarche de ce plan de communication était, à l’origine, plutôt intelligente : parler du fond, de la technique, du comportement de la voiture, là où souvent chez Opel on parle de choses très accessoires telles que la connexion internet partagée. Autant dire que le Zafira d’Hannibal et ses potes débarque un peu dans ce contexte comme un éléphant dans un jeu de quilles en porcelaine. On imagine assez la tête que fait le service comm’, chez Opel. 

Mais après tout, on ne convoque pas les esprits du passé sans prendre le risque qu’ils débarquent pour de bon, et prennent un peu les choses en mains. Le marketing, ce n’est qu’une question de stratégie, et on sait que c’est là le point fort de L’Agence tous risques. On imagine assez bien quelle serait la réaction de cette bande de cintrés, s’ils savaient qu’ils sont mis au service de la promotion d’un minivan qui veut se faire passer pour un monospace : ils sèmeraient un bon gros bordel dans la tactique commerciale. 

De ce point de vue, c’est mission réussie. On adore quand un plan se déroule sans accro. 


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