Mars Attack

In Espace, frontière de l'infini, Il n'y a pas que les bagnoles dans la vie
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La star du jour, c’est lui.

A l’heure où mes doigts tapent ce texte sur le clavier, il est en approche de Mars, mais il ne le sait pas. Les milliards de consciences qui l’accompagnent se trouvent à 204 235 580 km de sa zone d’atterrissage et elles devront attendre 11 minutes avant de recevoir un signal indiquant que tout s’est bien passé, car c’est le temps que met l’information pour nous parvenir depuis la planète rouge ces jours ci. Si nous sommes la conscience de Perseverance, alors ce robot vit dans un permanent jetlag de plusieurs minutes, son corps étant en perpétuelle avance sur sa conscience.

A vrai dire, Perseverance n’est en ce moment même que le passager d’un objet plus gros, la sonde Mars 2020, qui est son vaisseau spatial, une sorte de navette permettant de circuler au sein de la petite couronne de notre système solaire. Nous ne nous aventurons pas encore bien loin de la maison. Nous faisons du vol spatial à vue, comme jadis on naviguait sans jamais perdre la côte de vue. On ne quitte pas la Terre des yeux. Mais la nuit prochaine, tel Goldorak s’autolarguant depuis son vaisseau porteur, Perseverance va être treuillé depuis le module d’approche, histoire que si celui-ci s’écrase sur la surface martienne, son passager s’en sorte sain et sauf, et puisse préparer tranquilou notre venue, imminente sur l’échelle de temps de l’univers tout entier.

Ca appartient officiellement à la catégorie des spatiomobiles, ça a six roues et ces six roues sont motrices. et pourtant ce n’est pas prévu pour battre des records de vitesse.

Quoique, si on considère sa vitesse de déplacement actuelle, Perseverance peut faire le malin : 20 000 km/h. Quant à la grande courbe de 471 millions de kilomètres qui l’a mené là où il est à l’heure actuelle, il l’a parcourue à la vitesse de croisière de 85 000 km/h. Qui dit mieux ? La force de décélération aurait aussi de quoi mettre à mal bon nombre d’organismes. Parce qu’en 7 minutes, l’engin doit passer de 20 000 km/h à l’arrêt complet sur le sol. Entre temps, il aura percé l’atmosphère martienne, à 50 km d’altitude, planqué derrière le bouclier thermique qui lui permet de ne pas s’éparpiller en cendres dans le ciel martien. 39 kilomètres d’altitude plus loin, sa température de surface est de 1300 degrés, et il a bien ralenti. Mais bon, aucun objet ne peut se poser à 1500 km/h, alors un immense parachute s’ouvre pour le freiner brusquement à 300 km/h. Si une gifle avait la force de cette décélération, on retrouverait la joue qui la recevrait sur la Lune (approximativement). On espère que Perseverance a pris sa Nautamine avant l’approche finale. Mais l’ovni vole alors assez lentement pour qu’on puisse décapoter l’engin ; alors on largue en plein vol le bouclier thermique, qui ira vitrifier du sable rouge quelques kilomètres plus bas.

Et c’est là que ça devient génial.

Car à deux kilomètres d’altitude, tout le bouclier arrière est largué à son tour, et avec lui… le parachute qui y était arrimé. Or même si la pesanteur sur Mars est nettement moindre que celle que nous connaissons sur Terre, ce n’est quand même pas en jetant les objets depuis deux kilomètres de haut qu’on peut les faire se poser en une seule pièce, surtout s’ils pèsent plus d’une tonne, et qu’on a l’intention de leur faire faire du boulot de précision par la suite.

Mais voila : la structure à laquelle le rover est arrimé possède ses propres réacteurs, et se déplace de façon autonome. Comme une Tesla en mode Autopilot. Ces huit réacteurs, donc, ont pour première mission d’éviter de s’emmêler dans le parachute de 21 mètres de diamètre tout juste largué. Si tout marche comme sur les vidéos de simulation l’ensemble devrait arriver sans se crasher à 20 m d’altitude. Et là, un ascenseur (ou plutôt un descenseur) par câbles permettra de libérer enfin Perseverance de son carcan, pour le faire glisser, le plus précautionneusement du monde, vers le sol. Les roues, alors, se déploieront comme on tend un orteil vers une surface de marche inconnue. Et lorsque le contact sera assuré, des explosifs couperont les câbles. La plateforme volante aura alors une dernière tâche à accomplir : s’écraser n’importe où, sauf sur Perseverance ! Elle mettra donc un coup de gaz pour s’éloigner le plus possible, et mourir dans l’indifférence générale, et ce pour deux raisons. D’abord parce que sur Terre, on en sera encore à visionner la phase de descente ayant eu lieu 11 minutes et 22 secondes plus tôt, ensuite parce que toute l’attention sera portée sur le robot, dont on vérifiera, pièce par pièce, qu’il est bien toujours doté de toutes ses facultés.

Où cela se passera-t-il ? Là aussi, coup de génie de la NASA : personne ne sait ! Le système est intelligent. Il connaît les lieux à éviter, il dispose d’une carte des lieux marqués par un gros sigle AYOR, et quand ses caméras auront bien plissé les paupières pour lire le relief, il choisira par lui-même un site d’atterrissage (car oui, oui, on dit « atterrir », y compris quand ça se passe sur Mars. Si on était martiens, on dirait sans doute « amarsissage », pour peu que la langue officielle des martiens soit le français. Mais voila, nous sommes terriens bordel, et nous venons en colonisateurs, alors Mars, c’est déjà un peu la Terre. Donc on atterrit sur Mars, et toute planète sur laquelle un véhicule terrestre se posera sera d’office un site d’atterrissage, fin du débat lexical !). Ses parents ne sauront que 11 minutes plus tard si leur rejeton est malin, ou complètement abruti.

Ca nous prendra une dizaine de minutes pour être rassurés. Ca nous prendra le même temps pour être catastrophés. La somme de dispositifs qui ne doivent absolument pas foirer pour que la spatiomobile puisse utiliser Mars comme terrain d’évolutions off-road est si élevé que la probabilité intuitive que ça foire est grande. Mais c’est sans compter sur la minutie des ingénieurs qui conçoivent ce genre de dispositif. Evidemment, si ça sortait des bureaux de conception de Space X, l’engin aurait des portes papillon d’où sortiraient des dizaines de petits droïdes exécutant une danse rituelle avant de se disperser sur la planète en chantant des hymnes à la gloire du proprio de l’entreprise. Mais là, le robot est made in NASA, c’est à dire par de talentueux et inventifs ingénieurs qui ont un poil moins le sens du spectacle qu’Elon Musk.

Reste une hypothèse, facétieuse : pendant ces 11 minutes, peut-être que d’autres êtres profiteront, avant nous et en direct, du spectacle constitué par l’irruption, à grande vitesse, de ce bolide. Peut-être que de leur douzaine d’yeux, ils suivront l’objet dans sa décélération, et qu’ils l’observeront, le saluant de leurs tentacules. Puis ils s’approcheront, alors que le vaisseau porteur se stabilisera, et constateront que quelque chose en sort, en rappel, comme un alpiniste. Ils regarderont ce voyageur venu d’ailleurs se poser et déployer ses jambes, puis faire ses premiers pas. Ils lui tendront un tentacule, en signe de bienvenue, et se présenteront :

Salut, moi c’est Paul. Et toi, c’est quoi ton nom ?


PS : Entre temps, Perseverance s’est posé. Proprement. Pile poil comme il fallait. Le robot envoie déjà ses premières photos. Pas de créature autochtone à l’horizon. Mais c’est peut-être l’heure de la sieste. Ou la saison d’hibernation.

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