Vacances électriques

In 208 MK2, Peugeot
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Préquel

Janvier 2020, soudain, ça nous saute aux yeux comme une évidence : nous utilisons quotidiennement un Peugeot 3008 roulant au sans plomb pour aller se chercher quotidiennement à la gare qui se trouve à, en gros, 1 km de la maison. Par flemme, mais aussi pour raccourcir le trajet quotidien d’au moins l’un d’entre nous et profiter un peu plus l’un de l’autre en soirée. Et on se dit que c’est quand-même un véhicule un peu gros pour cet usage et, surtout, qu’il est particulièrement crétin de mettre en branle un moteur thermique pour le faire tourner quasi exclusivement à froid, c’est à dire exactement dans la phase au cours de laquelle son fonctionnement est le moins optimisé ; ce qui le rend consommateur, et polluant.

On se dit, donc, que mieux vaudrait prendre une voiture électrique, dont le rendement est optimal dans ces conditions, et qui permettra aussi d’aller au boulot les jours de grève des transports, de faire les courses et de se rendre à droite à gauche en région parisienne. En calculant vite fait, on se rend compte qu’avec l’économie faite sur le coût de la voiture et de son utilisation, on libérera un bon budget pour louer d’autres voitures, quand il faudra partir en weekend sur la côte, ou en vacances.

Au début, on est raisonnables ; alors on regarde la Zoé. Mais voila, on est humain. La 208 nous fait de l’œil, et on se dit qu’elle a quand même davantage l’allure d’une voiture, d’une vraie voiture. Et ce n’est pas qu’une question de subjectivité : au-delà d’une allure plus incisive, la 208 ne donne pas l’impression d’être une voiture électrique, puisque rien, dans ce qui se voit, ne peut laisser deviner l’absence de moteur thermique sous son capot. Seule la disparition du pot d’échappement peut servir d’indice au non-connaisseur. Le connaisseur, lui, reconnaît immédiatement les modèles électriques à leurs logos spécifiques, à leur calandre partiellement envahie par la couleur de la carrosserie, aux enjoliveurs de jantes spécifiques sur les modèles supérieurs, et au sigle « e » apposé sur le montant arrière. La Zoé, elle, est immédiatement perçue comme autre chose qu’une Clio. Tout simplement parce qu’elle est… autre chose qu’une Clio.

Le chien prescripteur d’achat

Le détail qui va un peu plier l’affaire pour nous, c’est notre structure familiale : 2INK1D. Deux adultes, pas d’enfant, mais un chien. Et un gros : un berger allemand de 40 kilos, qui ne met pas les pattes dans l’habitacle, et roule dans une cage faite exprès pour lui, installée dans le coffre. A lui seul, il justifiait qu’on roule en 3008. La cage est imposante, et elle entrait pile poil (mais vraiment pile poil) dans le coffre d’une Cactus, à condition de l’y introduire en pièce détachées et de finir le montage de la cage dans le coffre. Et elle entrait « bien » dans la soute du 3008, sans laisser beaucoup de place autour d’elle, si ce n’est un espace utilisable situé entre le dossier de la banquette et la cage elle-même. Evidemment, elle n’entre pas du tout dans le coffre de la 208.

Mais un détail va nous faire changer d’avis : notre éducateur canin, regardant la cage que nous utilisons, remarque qu’elle est parfaite pour la maison, mais qu’elle est trop grande pour la voiture. C’est comme faire voyage un enfant dans un siège pour adulte : il n’est pas calé. C’est bien pour son confort, moins bien pour sa sécurité. Du coup, il nous conseille d »adopter une cage plus petite. Et vous savez quoi ? La cage en question tient dans la 208, parfaitement. Elle ne franchirait pas le seuil de coffre de la Renault, et ne pourrait pas non plus tenir sur le dossier rabattu, puisque celui-ci n’est pas plat.

Bref, le chien nous sauve, en nous donnant une bonne raison objective de choisir la 208. En réalité, elle nous faisait aussi nettement plus envie. Subjectivement, mais aussi objectivement. Parce que la Zoé est plutôt conçue pour l’évolution urbaine, et que nous voulions pouvoir prendre routes et autoroutes avec un peu de rigueur dans les liaisons au sol. Et dans ce domaine, entre Zoé et e208, il n’y avait pas photo, et c’est sans doute la principale raison, au-delà du style, qui rend ces voitures, paradoxalement, incomparables. Vous savez comme on est, quand on s’embourgeoise : on regarde les versions, on se dit qu’on va être raisonnable, et en même temps, le regard se porte sur les versions un peu plus équipées, et de fil en aiguille, on signe en janvier pour une GT, bleue, avec un toit noir, et vitré. Et un chargeur 7 kw. Je le précise parce qu’à l’époque, le concessionnaire nous dit qu’honnêtement, il ne peut nous donner aucune prévision de livraison sur les chargeurs 11 kw. Et bien lui en a pris, puisqu’à l’heure actuelle, Peugeot semble toujours incapable de les livrer.

Être livré la veille du confinement

Il faut dire que la livraison des e208 est un poème à part entière. Le concessionnaire nous annonçait début Mai. Et contre toute attente, mi Mars, il nous appelle pour nous dire que la voiture nous attend, à notre très grand étonnement, car nous aurons finalement été livrés avant les clients qui avaient passé leur commande, eux, en juin 2019. Autant dire que ceux-ci avaient deux trois trucs à raconter sur le forum d’Automobile-propre, et qu’on n’osait même pas leur dire que pour notre part, nous étions sur le point d’être injustement déjà servis. Pour la petite histoire, emplois du temps compliqués pour nous cette semaine ci, on nous donne exceptionnellement rendez-vous le samedi matin pour venir récupérer la petite merveille. Bingo ! le mardi suivant, la France était confinée. Notre e208 a donc eu deux mois pour se charger tranquillement sur sa prise renforcée, ne sortant que pour de très très rares virées anxiogènes au supermarché local, dans une région parisienne aux allures de film post-apocalyptique.

Frustration.

Mais au moins, on pouvait sortir dans la cour pour la regarder, brillant sous l’insolent soleil qui accompagnait cette quarantaine prolongée. Nous n’avions plus qu’à patienter.

L »heure du déconfinement sonnant nous avons donc, comme tous les parisiens, pris la route vers le Nord-Ouest. Et comme entre temps nous avions eu tout le temps d’étudier le réseau des bornes de recharge et la consommation hypothétique de la voiture, nous nous sommes dit qu’il était, théoriquement, possible de rayonner vers la Normandie ou les Hauts-de-France sans louer une autre voiture. Ce que nous fîmes.

Première fois

Et vous savez quoi ? On peut effectivement le faire. Trajet de 209 km exactement, en prenant l’autoroute. C’est à dire en soumettant les batteries à ce pour quoi elles ne sont pas faites, vue leur quantité. Pas grave, on rechargera en route. Coup de bol, sur l’A16, à Hardivilliers, il y a une station Corri-door, l’une des seules survivantes de ce réseau dont la plupart des bornes ont été purement et simplement fermées, pour de bon, abandonnées suite à des problèmes techniques qui ont tout l’air d’avoir pris la dimension d’un bon gros incident industriel (on parle, quand même, du réseau de bornes de recharge Izivia, entité d’EDF, ce qui laisse songeur à bien des égards, mais bref). En dix minutes de charge, on gagne plus de 10% de charge, à peine le temps de faire faire un tour au chien, et ça suffit pour arriver à destination avec 15% de marge. Au retour, on fera le trajet d’une traite, en serrant un peu les fesses à la fin, sans raison, la voiture nous ramenant à bon port sans même avoir à passer par le mode tortue.

Une précisions s’impose, et elle est un peu importante :

Nous ne roulons pas de façon particulièrement économe. Si sur les forums rassemblant des conducteurs de véhicules électriques on découvre que certains se limitent à 110 km/h sur autoroute, quoi qu’il arrive, pour notre part, nous sommes autour de la limite de vitesse. Et autant l’avouer, on a souvent le régulateur calé que 137 quand c’est limité à 130. Et s’il faut, on pousse un peu pour dépasser un groupe de véhicules dont on se dit qu’on est plus en sécurité devant eux que juste derrière. On ne cherche donc à faire ni un record de vitesse, ni un exploit de sobriété. Et on aime bien quand ça pousse un peu en reprises.

Et c’est important à préciser, parce que la 208 électrique n’incite pas du tout à rouler économiquement. Le moteur électrique a, par rapport au thermique, deux caractéristiques étonnantes : son couple, tout d’abord, énorme. Mais aussi sa parfaite indifférence à toute notion de régime moteur. Couple et puissance sont disponibles, de façon constante, tout le temps. Finie, la sensation d’avoir un moteur creux à tel régime. Ici, tout est là, tout le temps. Au point d’ailleurs qu’on se dit que, finalement, c’est justement ces creux qui faisaient le caractère spécifique des moteurs à explosion, et qu’il se pourrait qu’un jour, on propose sur les moteurs électriques des « modes » qui reproduiraient les poussées particulière de tel ou tel moteur historique, histoire de retrouver des vieilles sensations, de façon tout à fait artificielle. Pour l’heure, dans la 208, seul un sélecteur, placé (assez mal, d’ailleurs) sur la console centrale, permet de demeurer dans la sphère du suffisant, en mode normal (avec 100 ch sous le capot (cette expression n’a, ici, évidemment, plus aucun sens)), ou d’entrer dans un univers un peu plus ludique (136 ch, en mode « sport »).

C’est le moment de mentionner quelque chose de nouveau, qui arrive aussi avec l’électricité : la puissance est, comme on l’a dit, indifférente au régime moteur. Mais elle est tout aussi indifférente au niveau de finition. Ainsi, la GT – finition supérieure tant que Peugeot ne propose pas une hypothétique version PSE – dispose de 136 ch. Mais la finition Active, qui ne paie pas de mine avec ses petites jantes, dispose exactement de la même motorisation, ce qui fait d’elle un parfait sleeper, une automobile lambda dont on ne peut pas soupçonner les performances avant de la voir déposer tout le monde au feu vert.

GT sur la route, toute la sainte journée

Ce qu’apporte la finition supérieure, ce sont principalement deux détails. Une sellerie en Alcantara clair, qui est vraiment pas mal. Et des aides à la conduite spécifiques, dont le Drive Assist plus, qui prend carrément en mains la conduite de la voiture, suivant à distance constante le véhicule qui précède et ce jusqu’à l’arrêt total et redémarrant automatiquement si l’arrêt est court, négociant elle-même les virages, en maintenant la position dans la voie, le plus simplement du monde : il suffit de se caler sur la gauche de la file, pour que la voiture y demeure.

Tout ça marche, et même très bien. Mais deux remarques s’imposent, qui dépassent la 208, et Peugeot : ces automatismes réclament plus de vigilance encore. Ils ne sont donc pas vraiment reposants, et ne libèrent pas l’esprit. Parce qu’à l’attention normale qu’on doit avoir sur la route s’ajoute une autre préoccupation : surveiller le bon fonctionnement de ces mécanismes, et garder en tête qu’ils sont en action. Sinon, au premier rond-point, la voiture ralentira bel et bien derrière le véhicule précédant, comme celui-ci, mais comme celui-ci aussi, elle ré-accélérera pour la suivre, sans être capable pour autant de repérer si, sur la gauche, arrive une autre voiture à laquelle on est censé laisser la priorité. Pour autant, ce ne sont pas non plus de simple gadgets présents pour fasciner les early-adopters : sur autoroute, ce genre de système peut sauver la vie en cas d’endormissement, ou de malaise, ou de forte déconcentration. Et c’est déjà beaucoup. Au-delà de la sécurité, c’est aussi une vitrine technique qui montre ce dont les équipementiers et les constructeurs sont capables. Quand Tesla fait ce genre de choses, on applaudit. PSA le fait aussi, sur un modèle de très grande diffusion. On peut applaudir aussi.

Pourtant, on va râler un peu, pour un détail : le commodo grâce auquel on gère le régulateur adaptatif permet de caler celui-ci sur la limite de vitesse en vigueur. Très bien. On appuie deux fois sur le bon bouton, et la vitesse s’enregistre (il faut juste, après, appuyer une seconde sur + pour s’accorder la marge que le code de la route interdit). Mais voila : le bouton sur lequel il faut donner cette double impulsion n’est pas positionné pour des doigts humains. Il faut le chercher, et adopter une position tout à fait inconfortable pour effectuer la manœuvre. Ou bien le faire du petit doigt gauche. Peut-être les virtuoses du clavecin, ou de la harpe, y parviennent-ils. Pour ma part, tout semble indiquer un grave manque de dextérité dans ce doigt. Autre sujet de mécontentement, qui ne concernera que ceux qui achèteront ce modèle en occasion, plus tard, et ceux qui en ont été les premiers clients : Peugeot a tout d’abord livré les e208 GT sans cet équipement, laissant clients et concessionnaires se débrouiller dans une négociation impossible. Méfiance donc, lors de l’achat en occasion des tout premiers modèles livrés, qui sont moins équipés que ce qu’annonce le catalogue.

Electric dreams

Il faut croire que notre premier essai de roulage nous a plutôt convaincus, puisqu’au lieu de louer une autre voiture pour partir en vacances, nous avons rempli, jusqu’à ras-bord, la petite 208, pour quitter la région parisienne, rejoindre le Forez, puis remonter vers les Vosges avant de revenir dans L’ouest parisien, via Troyes. 2500 km. Tous profils de route. De l’autoroute, de la nationale, de la départementale, un peu de ville. Tout ça à 16,5kw/100 de moyenne, ce qui ne dit rien à personne.

Evidemment, LA question, c’est celle de l’autonomie. Est-elle suffisante, ou pas ? Et on ne peut pas apporter de réponse à cette question. Parce que c’est un peu plus compliqué que ça. Si on veut parcourir 700 bornes sans voir une station de recharge, la réponse est non. La 208 ne peut pas le faire, et ce n’est une surprise pour personne. Son autonomie théorique se situe officiellement aux alentours de 340 km. La question est donc plutôt la suivante : en partant en vacances à son bord, avons-nous détourné la fonction de cette voiture ? Et là aussi, on ne peut pas répondre directement à cette question.

Tout d’abord parce que sa conduite procure un réel plaisir. Du coup, on a envie de l’avoir à destination : c’est l’engin parfait pour faire des petites routes. Sur ce terrain, on a le meilleur de plusieurs mondes : une grosse puissance, qui rend l’engin vraiment vif. Dans ses accélérations, mais aussi dans son aptitude à virer. Certes, elle est lourde, à cause des 300 kilos de batteries qu’elle embarque. Mais tout ce poids se trouve au plus bas, et en arrière du train avant. L’équilibre des masses est donc très particulier, et la voiture semble soudée à la route, au point qu’on a du mal à en cerner les limites. On sait juste qu’elles sont toujours « plus loin ». Du coup, la 208 électrique n’est pas exactement joueuse, puisqu’on ne peut pas flirter avec ses limites d’adhérence, celles-ci se situant suffisamment loin pour qu’on sente que, si on les approchait, on aurait du mal à contrôler cette phase. Mais elle est redoutablement efficace, et on s’y sent toujours en confiance, comme si on conduisait une voiture de catégorie supérieure. Et sans doute son poids joue-t-il paradoxalement un rôle dans cette impression. Si elle est héritière de la 205 dans ses formes, on n’y retrouve pas cette impression de sauter de bosse en bosse et de prendre les virages en sentant, dans les doigts sur le volant, le train avant riper un peu. Ici, tout est plus rigoureux, plus verrouillés, plus encadré aussi par les aides à la conduite. Mais d’une certaine façon, la 208 électrifiée peut prétendre être l’héritière de l’usage bourgeois de la 205 Gti 130, qui était elle aussi une petite voiture qui donnait des impressions mécaniques de modèle de taille supérieure.

Descente de col

S’il y a bien un préjugé qu’il faut se sortir de l’esprit, c’est celui d’une éventuelle incompatibilité entre la propulsion électrique et la virée en montagne. Tout d’abord parce que par définition, si on monte beaucoup, on descend tout autant. Or les descentes sont comme une pompe à essence pour une voiture qui se passe d’essence. D’autre part, la rigueur du comportement de la 208 permet d’aborder ce genre de parcours avec, non seulement, une grande sérénité, mais aussi, et surtout, la perspective d’un vrai bon moment. Le couple permet de s’arracher des épingles de façon vive, et le mode « B » permet de très peu toucher au frein, tant il freine lui-même la voiture de façon efficace.

Mais il y a là une petite erreur à ne pas commettre : ce mode sert à recharger plus efficacement les batteries en augmentant le « frein moteur ». Mais du coup, si les batteries sont pleines, il ne fonctionne plus. Donc, si en haut d’un col vous trouvez une borne et que vous rechargez à 100%, au moment de descendre, vous n’avez plus aucun frein moteur. Mieux vaut le savoir. D’ailleurs, de façon générale, le freinage de la 208 électrique demande un peu d’adaptation, car sa consistance varie justement en fonction du taux de charge de la batterie. Au-delà des 95%, la voiture décélère sur ses seuls freins, et sur un simple lever de pied, elle continue sur sa lancée. En dessous, progressivement, l’assistance liée à la recharge s’accentue, et le mode « B » gagne en consistance. Résultat : quand on appuie sur le frein, on ne sait pas trop ce qui va se passer, et le freinage est un peu délicat à doser. Rien de dangereux, mais ça produit quand même une toute petite imprécision dont on se passerait bien. Du coup, au quotidien, mieux vaut s’en tenir à une charge demeurant en-deçà des 80% pour obtenir une constance de comportement satisfaisante. Bonne idée ! Mais alors, on regrette qu’aucune possibilité ne soit offerte, de programmer des recharges limitées à 80%…

Plutôt que l’absence de bruit, la réapparition des sons

De la puissance, donc, il y en a, suffisamment, mais le paradoxe, c’est qu’elle se déploie dans le silence. En réalité, celui-ci n’est jamais total : les pneus sont en contact avec la chaussée, les suspensions font leur travail, le moteur électrique lui-même siffle. Mais bon, l’absence moteur à explosion, c’est aussi l’absence des explosions qui vont avec, et donc une énorme économie de décibels. Tout d’abord, ça rend hyper sensible à tous les autres bruits que produit l’auto, roulements, résonances dans les passages de roues, puis on se rend compte qu’en réalité, on les entend d’avantage parce qu’aucun autre bruit ne vient les couvrir. Ainsi, on peut se parler dans la 208 électrique sans élever la voix et sans tendre l’oreille. Tout comme on peut y écouter de la musique sans monter le volume. Et si ça mérite d’être remarqué, c’est parce qu’il s’agit d’une petite voiture, qui est par nature plus sonore qu’une grande berline.

Mais ce qu’on redécouvre en été, sur les petites routes, c’est le plaisir de rouler fenêtres ouvertes, et d’entendre l’environnement. Les insectes qui vibrent dans les bas-côté, les oiseaux qui chantent, tout ce que la nature produit de sons qui, d’habitude, sont noyés dans le bruit du moteur. Ce qu’on remarque donc en roulant seul sur une départementale déserte en électrique, ce n’est pas l’absence de bruit, mais la multitude des sons qu’on n’entendait pas avant. Au point que le moindre gravillon coincé dans un pneu peut vite devenir insupportable !

Pratiquer le fractionné

Mais voilà, pour disposer de la 208 sur son lieu de vacances, il faut qu’elle s’y rende. Or, on l’a compris, son problème, ce sont les longues distances. Parce qu’une fois sur place, aucun souci. On s’est fait des virées dans les Vosges, sur la journée entière, à parcourir la route des crêtes et tous ses à côtés, 220 km en tout, et en revenant au chalet, il nous restait en gros 20% de batterie. Mieux, c’est dans les reliefs qu’on a pu voit l’autonomie annoncée par la voiture dépasser les 400 kilomètres, tout simplement parce que la récupération de charge fonctionne particulièrement bien dans les phases de descente.

La question, c’est donc : comment on parcourt plusieurs centaines de kilomètres d’une seule traite ? Selon nous, il y a deux façons de le faire.

La première : on prend l’autoroute, et on doit charger tous les 200 kilomètres. Sur les gros chargeurs des aires d’autoroute, ça peut se faire en une grosse demi-heure, sachant qu’en réalité, on ne charge pas au-delà de 80%, car ensuite, la charge devient plus lente. Mais il faut le faire souvent, et on roule en serrant un peu les fesses., parce qu’on voit la jauge s’effondrer littéralement au tableau de bord. Par contre, on aura vraiment roulé. Certes, la 208 plafonné à 150 km/h, mais les limitations de vitesse demeurent à 130, et elle évolue dans le flot de la circulation avec une grande aisance, et même une certaine vivacité. Maintenant, si on vous colle au cul à 145 km/h, ben vous êtes en droit de considérer que celui qui est derrière peut patienter un peu. Vous ne roulerez donc pas à 180. Mais vous vous insérerez sans aucun problème sur la voie d’accélération, vous extrairez plus vite que la moyenne des péages, au point de surprendre quelques motards, qui descendront un rapport de plus pour vous déposer à leur tour.

Autre option : délaisser l’autoroute. Je sais, c’est une proposition absolument provocatrice. Mais si on y regarde de plus près, elle est parfaitement logique : on gagnera énormément en autonomie. Du coup, on chargera moins. On ne perd donc pas vraiment de temps. Et comme ce réseau désigné comme « secondaire » est le terrain de jeu favori de la 208, on prendra plaisir à conduire, dans des paysages un peu plus conformes à ce qu’on peut appeler « l’esprit des vacances ». Evidemment, cette proposition ne vaut pas pour ceux qui ne conçoivent pas les vacances sans le péage de Saint-Arnoud, sans les aires de repos bondées, sans les regards éloquents lancés par les familles en Audi vers celles qui roulent en Skoda, ces loosers, sans le pique-nique au cul de la bagnole. Tout ceci sera inaccessible en électrique, parce que vous serez garé sur la station de charge, qui n’est pas le lieu idéal pour ces rituels estivaux. En revanche, si jamais vous chargez sur l’autoroute, il y aura toujours quelqu’un qui viendra vous parler comme si vous étiez un ami proche de Greta Thunberg. On vous félicitera, on vous dira que vous êtes l’avenir. Du coup, vous n’oserez pas préciser que, roulant en France, votre voiture est probablement nucléaire, et qu’en réalité, vous l’avez achetée pour le plaisir, et pas vraiment pour sauver la planète. Et quand bien même vous l’auriez achetée pour cette raison, vous vous berceriez un peu d’illusion, même si vous aurez bel et bien un petit impact local, ne produisant pas de particules ni de gaz là où vous roulez, et participant à un silence ambiant qui n’est pas, non plus, à négliger. Si votre voisin prend la route très tôt, tous les matins, pour aller au boulot, vous le remercierez d’avoir opté pour une motorisation électrique.

Mais en réalité, il est possible que vous soyez un ignoble profiteur. En effet, nous avons été surpris de constater que parmi les communes ayant installé des bornes de recharge, bon nombre d’entre elles ne font tout simplement pas payer la charge. On économise donc sur les péages, et le carburant est tout simplement gratuit. Alors vous savez quoi ? Avec l’économie réalisée, on se dit que les 700 bornes qu’on avait prévu de faire d’une traite, on va les faire en deux jours, et on va louer un lieu pour passer la nuit, et profiter de cette journée de vacances. On va brancher la voiture sur une prise classique, elle va récupérer environ 40 à 50% de sa capacité dans la nuit, et le lendemain, on trouvera forcément une borne, même modeste, pour faire le complément tout en prenant un café.

Une dernière précision sur les charges, domaine qui mériterait un dossier à part entière : charger sur autoroute, c’est accéder à des chargeurs théoriquement plus rapides (on rappelle que la 208 accepte des charges à 100kw/h), mais aussi nettement plus chères. La quasi disparition du réseau Coori-Door (alias Izivia, aka EDF) met son concurrent Ionity en position de monopole sur les stations autoroutières. Autant dire qu’on trouve là une explication plausible à la subite, et très franche hausse des tarifs pratiqués par ce réseau, et sa politique consistant à s’abstenir de toute offre promotionnelle. Bref, les voitures électriques à faible rayon d’action ne sont pas les bienvenues sur le réseau autoroutier. Et c’est avant tout une question politique.

Le Temps retrouvé

Qu’est ce que ça signifie ? Qu’une voiture électrique de ce calibre peut être appropriée à la route des vacances, pour peu qu’on ne lui demande pas l’impossible et qu’on la mette en condition de jouer son rôle correctement.

Disons ça autrement : si on se trouvait dans la nécessité urgente de traverser la France d’une traite, on louerait une autre voiture. Ou on prendrait le TGV. Mais les vacances, c’est justement un temps qui est censé échapper à l’urgence. Or, une voiture électrique, au-delà de ses performances (et les essais enthousiastes de la petite Ami du cousin Citroën en sont un des signes), est une automobile qui invite à redéfinir la façon dont on vit le temps. Ce qu’a montré le confinement, c’est qu’il est possible de ressaisir un temps qu’on va extraire du flux contraint de la performance à laquelle nous contraint le cycle de la production et de la consommation. Pour prendre le temps, il faut se le réapproprier. Ça ne veut pas forcément dire qu’il faut ralentir. Mais ça signifie qu’il faut aller vite uniquement quand on le veut. Or quand on va vite tout le temps, ce n’est pas parce qu’on le veut, c’est qu’on y est contraint. Et le plaisir d’aller vite est une contrainte, au même titre que le plaisir que prend celui qui dépend d’une drogue à consommer celle-ci. On ne peut aller vite volontairement que si on veut aussi, parfois, aller plus lentement. Il en va de la vitesse comme des autres plaisirs : si on ne peut absolument pas envisager de s’en passer, et si de fait on s’y adonne systématiquement (tout en affirmant qu’on pourrait ne pas le faire si on voulait), c’est qu’on en est dépendant. Et il ne s’agit donc plus de liberté.

Mais en l’occurrence, prendre son temps, ça se prévoit. On ne peut pas prendre la route des vacances à bord d’une voiture électrique avec une totale insouciance, même s’il faut calmer un peu l’angoisse de la panne sèche.

Caisse de prévoyance

Certes, il y a beaucoup moins de stations de charge qu’il n’y a de stations service. Evidemment. Mais on oublie un détail important : la moindre maison est une station de charge. Il suffit d’une prise, et de temps. Mais au pire, rien n’empêche de sonner chez un inconnu pour demander s’il est possible de se brancher. Il n’est pas sûr qu’on obtienne plus de succès avec un jerrycan et un tuyau. Le seul endroit qui est sur ce point problématique, c’est finalement l’autoroute. Autre sécurité qui peut rassurer un peu : les marques intègrent une assistance à leur propre client en cas de panne sèche. Mais là aussi, sur autoroute, on ne peut pas échapper aux services de dépannage qui, eux, ne sont pas équipés pour ce genre de sauvetage énergétique, et ne viendront pas à votre secours, c’est le moins qu’on puisse dire, gratuitement.

Mais bonne nouvelle, il y a des outils qui permettent de prendre la route en sachant où on met les pneus. Le premier d’entre eux, c’est ABRP, l’acronyme de A Better Route Planner. Le service, disponible sous la forme d’une application, planifie le trajet à effectuer, et tout y est paramétrable. ABRP sait comment chaque modèle consomme, on lui indique comment on conduit, quelle est la charge de départ, et où on va. A partir de là, l’application calcule et planifie tout le déplacement, préconisant les stations sur lesquelles on pourra recharger de façon optimale. Efficace, au point qu’on aimerait voir le système intégré au véhicule, qui est assez pauvre en assistance sur ce point. La 208 est en effet avare d’informations sur l’énergie qu’elle consomme, et qu’elle contient. Ainsi, pas moyen de connaître le pourcentage de charge à moins de passer par l’application MyPeugeot, au fonctionnement parfois un peu aléatoire. Au tableau de bord, on ne dispose que d’une jauge, conforme certes à celles qui indiquent le niveau du réservoir sur un modèle thermique, trop imprécise pour calmer vraiment l’inquiétude spécifique des conducteurs de voitures électriques. Mais ABRP en poche, on gagne énormément en lisibilité, et en confiance. Reste qu’ABRP ne sait pas forcément si les stations de charge sont en ordre de marche, ou pas.

Là aussi, pour être rassuré sur ce point, un service existe, qui donne satisfaction. Chargemap cartographie de façon participative les points de charge, toutes catégories confondues. Le caractère collaboratif du service permet de vérifier que les bornes sont en état de marche. Notons aussi que Chargemap, c’est aussi une carte permettant de se logger sur les bornes partenaires, et d’y obtenir un tarif préférentiel. Le service contribue ainsi à faire des conducteurs de voitures électriques une communauté, impression que ne connaissaient plus guère que les propriétaires d’anciennes, qui se font un appel de phare quand ils se croisent. Ici, sur chaque station de recharge, on sait qu’on partage avec les autres conducteurs une forme d’expérience commune : on peste ensemble contre les bagnoles qui se servent des pistes réservées pour se garer, on râle contre les voitures ventouses qui squattent la borne alors qu’elles sont à 100% depuis longtemps. Chargemap fait partie des outils que partagent les membres de cette communauté. Evidemment, cette expérience singulière ne durera pas, car l’électrification gagnant du terrain, tout ceci deviendra banal. Les propriétaires de Tesla eux-mêmes – communauté au sein de la communauté – rentreront dans le rang. Mais, précisément, si un petit sentiment de sympathie existe encore, c’est justement parce que prendre la route en électrique n’est pas tout à fait évident, qu’il faut avoir un peu préparé son trajet, qu’il faut s’être équipé de câbles, de cartes permettant d’accéder aux bornes aux meilleurs tarifs, autant de formalités qui, finalement, rendent un peu plus conscient de ce que ça signifie, consommer de l’énergie.

Voiture idéale ?

Alors, n’aurait-on que des compliments à lui faire ? A vrai dire, on peut être tout d’abord surpris de voir l’habileté qu’a cette petite voiture à surmonter les préjugés qu’on pouvait avoir à son sujet. On pensait se trouver à l’étroit, et en réalité, à l’avant, on n’a jamais l’impression d’être dans une voiture sous-dimensionnée. D’abord, parce qu’à deux, on peut reculer les sièges au maximum, et les jambes peuvent prendre toute leur aise. Et si on s’installe à l’arrière, une fois franchie la petite porte, on se retrouve finalement plutôt bien installé. On peut glisser ses pieds sous le siège avant, et les genoux ne butent pas contre le dossier. Mesurant 1,85, je ne touche pas le plafond (mais il s’en faut de peu), et on peut même faire un somme, la tête calée dans l’angle formé par l’appuie-tête et le montant C. Sur les modèles avec toit vitré, le vélum (manuel, je le précise, parce que les catalogues le présentent comme « mécanique », mais il faut comprendre que c’est bien le bras qui produit le mouvement, et pas un quelconque moteur) s’enroule dans un relief que forme le pavillon en avant des passagers arrières. Ça donne une allure un peu étrange au ciel de toit, mais contrairement à ce qu’on pensait, ça ne gène pas l’habitabilité arrière, ni la vue des passagers. Du coup, même si au quotidien on a tendance à utiliser la 208 comme une 2+2 qui aurait des mini portes à l’arrière, en réalité, on peut proposer à des potes de les embarquer sans que ce soit pour eux une punition.

Autre élément qui participe à l’impression de rouler dans une voiture plus grande que ce qu’elle est : le pare-brise plus vertical, et le capot plus horizontal, parfaitement visible, qui donne une plus grand impression de distance avec l’avant, ce qui rassure (fictivement, mais peu importe) et change la perception qu’on a, de l’intérieur, des dimensions de la voiture, par rapport aux 206, 207, et première génération de 208.

Demeurent cependant des détails qui sont plus agaçants, sans gâcher le quotidien pour autant. Tout le monde l’a dit, il y a un truc évidemment crétin, c’est le double affichage de la température de la climatisation, à droite et à gauche de l’écran, alors que la clim est monozone. Cet affichage, permanent, empiète énormément sur l’écran, dont les dimensions généreuses sont, donc, amplement sous-exploitées. C’est tout bonnement ridicule. Et ce défaut vaut pour toute la gamme Peugeot, sur laquelle cet écran est déployé.

Autre détail un peu mal conçu pour les conducteurs un peu grands : la palette de commandes des vitres est située trop en arrière sur l »accoudoir, et oblige à se contorsionner pour en atteindre les boutons. De même, si le rétroviseur frameless est chouette, lui et le bloc sur lequel il est situé empiètent énormément sur la surface globale du pare-brise, et dans certains croisements, on est contraint à adopter des positions peu académiques pour être vraiment certain que rien n’arrive de la droite.

Enfin, un truc gênant l’été : c’est bien beau de mettre des finitions chromées à droite à gauche à l’intérieur. Mais celles-ci provoquent des reflets du soleil carrément éblouissants. En particulier, la surface qui se trouve en dessous de l’écran tactile semble par moment s’ingénier à orienter le reflet du soleil pile poil dans le regard. Vous avez déjà vu les images de Vatanen pilotant en manchot sa 405 Turbo 16 à Pikes Peak, la main droite lui servant de pare-soleil ? Ben voila. Cerise sur le gâteau, les finitions chromées du combiné 3D (très efficace, au passage) réussissent l’exploit d »éblouir en ricochet sur le haut du pare-brise. Ce sont des détails qui n’en sont pas, tellement patents qu’on peut se demander comment le long développement de l’auto ne les a pas mis en évidence. Mais la nuit, rien à redire : ambiance intérieure technoïde à souhait, et si jamais vous trouvez que ça manque encore un peu d’écrans, vous pouvez poser votre smartphone à la verticale dans le rack prévu à cet effet, ça ajoutera encore une source de luminescence à votre intérieur.

Quelques petits bugs enfin, tels que la température de la clim qui, de façon aléatoire, se trouve réglée au plus bas au moment où on veut la mettre en « automatique », ou l’ouverture à distance qui refuse de fonctionner quand la voiture est en charge (ça nous est arrivé deux fois en tout et pour tout). Dans le même ordre d’esprit, la fonction « proximity », qui actionne le déverrouillage à l’approche, présente quelques mystères dans sa logique de fonctionnement, mettant parfois beaucoup de zèle à fermer et rouvrir la voiture alors qu’on se situe à ses alentours (chaque verrouillage s’accompagnant d’un bip un peu trop sonore pour ne pas être un peu agaçant à la longue), et demeurant inactif à l’approche après un long temps de charge.

En revanche, au fil des mises à jour de l’application MyPeugeot, les commandes à distance de la climatisation sont devenues fiables. Et ma foi, par temps très chaud, lancer la clim depuis la file d’attente à la caisse du supermarché pour trouver une voiture un peu tempérée sur le parking, c’est un luxe agréable (pas de panique, ça ne va pas vider la batterie, vous pourrez rentrer chez vous !). Et il est probable qu’un petit préchauffage l’hiver sera bienvenu aussi, avant le départ dans le froid du petit matin.

Nous prendrons le temps de vivre… si on nous en laisse le temps

Il n’y a pas de voiture sans défauts. Le tout est de savoir si ceux-ci vont peu à peu faire partie du caractère général de la machine dans laquelle on va se déplacer pendant quelques années. Après quelques mois de roulage dans cette e208, on avoue l’avoir prise en sympathie, et l’énergie qu’elle met à nous mouvoir pourrait laisser penser que ce sentiment est réciproque. Cette joie et cette énergie semblent communicatives. Régulièrement, on voit les têtes se tourner à son passage. Peu à peu, on voit aussi que la stratégie consistant à donner aux Peugeot cette face avant incisive fonctionne : les peugeotistes se voient arriver de loin sur la route, et ils se reconnaissent les uns les autres. Régulièrement, dans le sens inverse ou dans le rétro, j’ai pu observer l’allure incroyable du faciès des 2008 sur la route, et être à chaque fois ébahi de voir un wow effect être aussi puissant sur une voiture de série. Les crocs jouent pleinement leur rôle d’identification, de signature, de signal envoyé.

Plus largement, Peugeot, en choisissant de ne pas produire de modèle spécifiquement électrique fait rentrer ce type de motorisation dans le rang. Maintenant, c’est moins aux modèles eux-mêmes de progresser, qu’au réseau : celui-ci doit gagner en densité, mais aussi en facilité d’usage, en homogénéité, en clarté de facturation. C’est bien beau de proposer la recharge gratuite, mais à strictement parler, ce n’est politiquement ni normal, ni souhaitable. Le temps de charge, pour le moment, participe au principe même de ce genre de voiture; il rappelle qu’il n’y a, en fait, rien d’instantané dans la production de l’énergie, et que celle-ci se consomme plus vite qu’elle ne se crée. C’est une bonne chose que cette leçon soit donnée à chaque plein. La pompe à essence délivre bien trop rapidement son carburant, si on compare cette vitesse aux millions d’années nécessaires pour que le pétrole apparaisse dans la nature.

Et c’est peut-être ça le plus intéressant dans cette mutation de l’automobile : elle redéfinit le temps passé sur la route, et la durée vécue du déplacement. Pour autant, cette technologue ne contraint pas à cette redéfinition. Peu à peu, les temps de charge diminueront, et les autonomies s’accroîtront. Mais paradoxalement, il n’est pas évident que cela constitue un si grand progrès. Il est bon, parfois, de prendre le temps. Pour cela, évidemment, il faut aussi qu’on nous le laisse. Et c’est aussi une question politique : pour prendre le temps de laisser sa voiture charger pendant qu’on prend tranquillement un café, il faut disposer de son temps, et ne pas être en permanence pressé. Aujourd’hui, un tel loisir est un luxe. Mais il suffit d’une décision collective pour en faire un droit. Et mine de rien, derrière une certaine façon de concevoir l’automobile électrique, il est possible qu’on trouve, aussi, un projet politique qui soit davantage en phase avec le désir de prendre, simplement, le temps de vivre.

Dernier détail, important : tout ceci n’est qu’un retour d’expérience tout à fait subjectif. Il n’y a pas de bon et de mauvais choix. Pour que le choix existe, il faut par avance accepter que soi-même, et les autres, nous puissions aller vers d’autres possibilités. Chacun opte en fonction de sa situation personnelle. Il ne s’agit donc surtout pas de convaincre et de penser que tout le monde devrait choisir ce modèle. Le marché s’étend de plus en plus. Rien que chez PSA, sur la même base technique, les modèles pleuvent littéralement, et je serais très curieux de voir à quoi ressemblerait le même exercice à bord de la Citroën Ë-C4. La 208 est une proposition très honnête. Et ce n’est pas la seule. Il y a dans ce choix quelque chose qui obéit aussi à une forme de goût, et de passion, qui par définition n’ont pas à être identiques chez chacun. C’est précisément ce qui permet de les partager.







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8 Comments

  1. Très intéressant ! Je me pose la question de passer à l’électrique pour une voiture sur les 2 persos … d’un autre côté je ne veux pas me séparer du Slk donc se serait pour remplacer la familiale et là je ne trouve pas de proposition qui me convienne, sachant que je veux pouvoir mettre 2 vélos derrières dont un électrique…

    • Comme ça, spontanément, je dirais que le SLK, c’est la bagnole un peu incomparable (j’attends le bon moment et la bonne occasion pour écrire à son sujet quelque chose qui soit un peu à la hauteur, j’ai des bribes de textes déjà, dans un dossier, qui attendent tranquillement le moment décisif), du coup, vu de l’extérieur, je dirais que c’est celle dont il ne faut pas se séparer (c’est toujours beaucoup plus facile, de voir les choses de l’extérieur !).

      C’est drôle parce que, en soi, l’idée d’un cabriolet de taille contenue, et électrique, me semblerait assez cohérente, précisément pour profiter pleinement du mouvement sur les petites routes de montagne, même si, bien sûr, profiter du son d’un beau moteur, c’est aussi un plaisir en soi. Mais de fait, ça n’existe pas, ou pas encore.

      Quant à un engin électrique qui permette d’embarquer les vélos pour une ballade, il n’y en a pas des tonnes, et encore moins du côté abordable du monde automobile ! Je ne me suis pas encore penché sur ce que donne, en occasion, le SUV Tesla Model X, dont les ouvrants spectaculaires me laissent, j’avoue, un peu la bouche grande ouverte. Mais quelque chose me dit qu’il demeure cher. Et je ne suis pas certain que ses aspects pratiques soient encore très développés. Quant au Pick-up de la marque, il est « peut-être » un peu excessif pour embarquer des vélos 🙂

      Je crains qu’à l’heure actuelle les seules propositions électriques soient des hybrides rechargeables. Il y en a plein. Mais ce n’est plus la même chose : au-delà du fait qu’ils me semblent être surtout des opportunités fiscales, s’ils peuvent rouler en pur électrique, c’est au prix de performances très modestes, et je pense qu’on a vite fait de solliciter le moteur thermique. Et sur le fond, se traîner le poids de toute la mécanique thermique tout l’année, sans l’utiliser, c’est un peu un non sens.

      Peut-être le 2008 permet-il d’embarquer des vélos. Il me semble presque aussi grand que le 3008. Mais son autonomie est encore un poil plus faible que celle de la 208, ce qui en rend l’usage quand-même un peu contraignant. Il faudrait voir si le Kia Niro peut engloutir des vélos. Mais je ne le trouve pas très excitant, et rien que ce que les publicitaires font subir au pauvre Robert de Niro dans la publicité me donne envie de brûler chaque exemplaire que je croise !

      Et quelque chose me dit que tu n’es pas tout à fait en quête d’un Kangoo électrique. Le Peugeot Traveller existe aussi en électrique. Mais même si, pour ce qu’il est, je le trouve plutôt réussi, il me semble qu’il n’est plus tout à fait dans la catégorie « voitures », mais qu’il évolue plutôt dans le monde des minivans.

      Bref, je crains qu’il n’y ait pas énormément de solutions, à moins qu’une piste existe, qui ne me traverse pas l’esprit là, tout de suite.

      Et j’oubliais un très léger « détail », que je n’ai pas non plus abordé dans l’article : le prix. Parce qu’en dehors de la Citroën AMI, qui relève quand même un peu du sacerdoce, l’électrique demeure quand-même peu abordable, ce qui limite encore plus le choix.

  2. alors il y a beaucoup de choses à apprendre dans ce texte, et beaucoup à dire en retour. Des vacances réussies à la française en tout cas, comme cela a été souligné dans les médias; les français redécouvrent la France !

    Un truc super étonnant qui peut faire penser que tout ça est une grosse fake news: le passage piétons entre 2 champs de blé, comme si Harry Staut, depuis chez lui s’était amusé en fait à faire des collages….

    Bon, alors les vacances en 4CV c’est fini, on est plus en 1956, et à part quelques personnes bien sùr qui aiment déjà ça, et quelques autres qui s’y mettraient, ce dont je doute, les vacances modernes commencent au lieu de destination, et je ne pense pas que l’achat de voitures électriques les mette tout à coup ni peu à peu dans la disposition de partir à l’ancienne; d’autant que si la France était jolie jusqu’aux années 80, c’est bien fini pour ce qui est d’un maximum d’axes secondaires, où les ronds point et ralentisseurs succèdent aux ronds point, cassant le rythme et le dos, et les ZI et ZAC et autres rocades défigurent la quasi totalité des abords des villes et aussi souvent de villages. Ce qui fait que les gens qui pour visiter un coin ou un département font d’abord l’autoroute pour s’y rendre ont en réalité raison de le faire. Sur place ils prendront les routes touristiques préservées.
    Ceci est du vécu, j’ai traversé la France par punition volontaire il y a 5 ans pour être bêtement allé à St Quentin pour rien par l’autoroute , je me suis obligé à faire tout le retour par les routes principales jusque dans le midi, et pour l’essentiel c’était tuant et affreux! Il faudrait donc à la fois trouver le goùt d’y aller par les petites départementales et ainsi en plusieurs jours, donc en encore plus de temps que pendant les sixties. Franchement peu de chance que ça soit ça qui se réalise. Seuls les camping cars font ça, et c’est parce qu’ils paient pas l’hotel !

    Partant de là, si de plus en plus de personnes achètent des voitures électriques et prennent l’autoroute, le risque sera de plus en plus grand de rester en attente d’une place qui se libère sur l’aire, avec donc à chaque fois sauf miracle au moins 3/4 d’heure sur place, et possiblement beaucoup plus s’il y a une file d’attente. Ca ne vous est pas arrivé, la proportion de véhicules électriques est encore très faible, mais ils ne vont pas transformer les aires en plaques de recharges juste pour les mois d’été, donc dans peu d’années la question se posera. Il y a un gros risque de saturation. Ca semble inévitable. Plus de risque de panne mais risque de trajets interminables, pires que des bouchons.

    Bon suivant ton texte, il y a pour moi cette question de la conduite. Amateur de voiture, tu la conduis comme une thermique en mieux, en soulignant que beaucoup de possesseurs se contentent d’un 110 sur l’autoroute. Ben il y a chez eux la crainte de la panne surement, et ça doit rendre l’expérience quand même un peu stressante. Mais je crois, surtout, que malheureusement, même si la voiture électrique peut se conduire comme une thermique en mieux, eh bien c’est peut être frustrant mais c’est ce qu’il ne faut justement pas faire. Enfin il me semble. Individuellement peut être, collectivement non. On s’en fout un peu quand on loue sa voiture, que Peugeot se débrouille avec son montant de LOA. Mais voilà c’est déréalisant ou bien c’est parfait comme ça. Un moteur thermique peut être utilisé durablement de manière énergique, c’est même bon pour lui, ça le fait respirer. Pour un moteur électrique, c’est probablement l’inverse. Plus il est cravaché, plus vite il va épuiser ses capacités de cycles, il va se détériorer. Sur 3 ans, ce n’est pas grave, mais sur une durée de vie de véhicule, c’est toute la philosophie de la mobilité électrique qui est remise en question. Déjà qu’on lit des horreurs sur la production de ces batteries, si les gens ne prennent pas un soin maniaque à les économiser, c’est une sorte de hiatus béant qui s’ouvre sous nos pas. C’est la révolution écologique qui se transforme en cauchemar. On pourrait dire que globalement c’est déjà le signe que le systême voiture électrique oblige à certains changements , et que c’est ce que réalisent d’une manière un peu moutonnière ces adeptes qui auto limitent leur vitesse maxi. Cette voiture est joueuse la vie est belle, amusez vous leur dis tu. Il te répondent la voiture le permettrait mais je ne le fais pas, car sinon c’est l’accélération de l’obsolescence et non son atténuation . Bref on voit bien le problème. Des cellules rangées dans un rack, c’est pas des pistons d’acier, ce sont de petites choses très évoluées et très fragiles. Ca tombe vraiment bien avec les LOA sinon elles ne se vendraient pas tellement elles sont chères, mais elles doivent être conduites comme des pensum et non comme des voitures de location!

    Après il y a quelque chose qui n’a rien à voir mais qui me semble important. Nous aimons les animaux, nous aimons les chiens. Un animal doit être maintenu dans un coffre ouvert c’est entendu, sans qu’il y ait besoin de grille. Mais dans le coffre d’une 208 à fortiori par rapport à ma Mégane SW, un tapis moelleux qui le maintiendra est plus indiqué qu’une cage. Pour une raison simple qu’un animal de compagnie, sauf problèmes de comportement spécifiques, doit pouvoir changer de position quand se pattes lui demandent de le faire, doit pouvoir se gratter, s’allonger entre 2 arrêts (par principe assez distants en trajet de vacances). Je ne comprends pas du tout la position pour le coup d’un spécialiste qui vous a indiqué une cage de cette dimension pour ton chien. C’est une cage pour un animal bien plus petit ou pour un trajet vers un vétérinaire d’un chien mal en point. Je ne comprends pas cette histoire et je peux te dire que c’est assez douloureux pour que je me force à t’en parler sur un espace semi public. Ton chien a le droit de se relever et voir le paysage et prendre un peu d’air frais en promenade sur les petites routes. Cette cage est une bien étrange séparation que vous lui imposez je trouve. C’est notre conduite qui doit s’adapter au fait de posséder un animal, franchement le compromis de la cage qui va limiter ses mouvements est une drole d’idée. Ne pas écouter trop directement ces prétendus comportementalistes qui font autant de bêtises que tout le monde.

  3. Bien !

    Alors.

    On va reprendre point par point en commençant par la fin de l’article : c’est un retour d’expérience. A aucun moment je ne dis à quiconque de faire comme nous. Nous sommes deux personnes, qui faisons une chose précis. Ça n’a pas vocation à être universalisé. Je ne cesse de le répéter : il n’y a pas UN bon choix, UNE doctrine qui devrait être adoptée par tout le monde, pas plus qu’il n’y a UN mauvais choix qui devrait être par principe refusé à tous.

    La voiture électrique n’a donc pas vocation à être universelle, et à remplacer toutes les autres. Il se trouve que nous en avons une parce que comme une grande majorité des gens, sur la très grande majorité de l’année, nous faisons de très courts trajets dans un environnement très proche, pour la simple raison que nous bossons ! Et qu’il devenait ridicule d’avoir sur l’année entière une bagnole qui correspondait, finalement, à un usage qui était très, très minoritaire. Il est donc évident que si nous étions retraités, la question se poserait autrement, et que si pour les besoins du boulot nous devions faire plusieurs milliers de kilomètres chaque mois, il en irait de même. Et c’est très bien que des gens fassent d’autres choix que nous. La question est, dès lors : cela doit-il interdire à ceux pour qui la voiture électrique est plus logique, ou tout simplement ceux qui ont envie de faire l’expérience, et peut-être même le projet de la prolonger un peu, de le faire ? Ou alors faudrait-il qu’ils en fassent l’expérience, mais qu’ils n’en parlent surtout pas ?

    Je ne crois pas qu’on soit à la veille d’une disparition, ni des voitures thermiques, ni des stations essence. Il me semble même que le monde est littéralement construit, géopolitiquement, selon les contraintes d’approvisionnement en pétrole de la planète toute entière. Donc, tout va bien pour ceux qui pensent que l’essence sauvera l’humanité : ils dirigent le monde (avec des résultats qu’on a, vraiment, envie d’applaudir).

    Ce que je constate, c’est qu’on est finalement d’accord sur un truc : mieux vaut éviter l’autoroute, puisque les aires ne sont pas encore transformées en immenses plate-bandes de recharge (elles le sont, en revanche, en immenses zones posées là pour faire le plein, mais il faut croire que c’est suffisamment entré dans les mœurs pour que ça passe totalement inaperçu). Et effectivement, il y a le risque d’attendre. Et c’est désagréable d’attendre n’est ce pas, surtout quand on a mille autres choses à faire, qu’on est pressé, qu’on a dix mille rendez-vous à honorer.

    Mais là encore, la solution est simple : si on a des centaines de rendez-vous, si on a une activité si intense qu’on ne puisse pas attendre, eh bien tout simplement on achète une voiture qui ne contraint pas à attendre ! La question est plutôt : pourquoi, si on n’a pas ce genre de contrainte, devrait-on vivre comme si on les avait ? Han han… Voila une question bien plus intéressante… Qu’a-t-on donc de si important à faire qu’on ne puisse pas attendre ? Un vaccin à finaliser pour sauver le monde ? Une oeuvre à achever ? Une personne en danger à secourir ? Cette histoire d’impossibilité d’attendre est une vaste blague, et elle nous coûte beaucoup. Mais là encore : qu’on soit un homme pressé, ou qu’on veuille se faire croire qu’on l’est pour nier la vacuité totale de son existence, bonne nouvelle : l’écrasante majeure partie du marché automobile est consacrée aux impatients et aux hommes et femmes surbookés.

    D’autre part, oui, certains roulent à 110 sur l’autoroute en électrique. Mais, vraiment, à lire les forums, ce n’est pas du tout pour préserver la durée de vie des batteries. C’est tout simplement par goût du jusqu’auboutisme, et par envie de battre des records de frugalité énergétique. Maintenant, tu évoques la durabilité des batteries. Ben… je sais pas moi… as-tu, dans tes connaissances, quelqu’un qui roulerait en électrique, et qui se serait retrouvé un jour en rade, parce que sa batterie ne charge plus ? As-tu lu un article mentionnant une telle situation ? Des voitures dont l’autonomie s’effondrerait après deux ans de charge ? Y a-t-il, sur les forums, des témoignages de propriétaires de Tesla qui iraient dans ce sens ? Tu as sans doute repéré, comme tout le monde, à quel point cette marque est la cible d’articles assassins, eh bien, as-tu déjà vu le manque de longévité des batteries utilisé comme argument pour l’attaquer ? Et si tel était le cas, nul doute qu’existerait, alors, un marché de la batterie de remplacement, on entendrait parler de clients revenant en concession pour changer la batterie. Connais-tu quelqu’un à qui ce soit arrivé ? Sais-tu combien d’année les batteries d’une 208 sont garanties ? Et pour quel kilométrage ? A l’opposé, tu parles du moteur à explosion comme s’il était éternel. Mais c’est faux. On connait tous, et parfois de très près puisque ça nous est arrivé, des automobilistes qui ont dû changer un moteur entier, ou la boite de vitesse, sans parler de tout ce qu’il est « normal » de changer sur ce type de motorisations, bougies, turbos, embrayages, filtres, pompes, courroies, ou même, des calculateurs, etc. Enfin, tu confonds le « moteur électrique » et les « batteries ». Je pense que tu te doutes bien qu’évidemment, les batteries n’initient elles-mêmes aucun mouvement mécanique. Bon bref.

    Evidemment, les composants actuels d’une batterie automobile sont encore problématiques, d’un point de vue environnemental. Et je ne crois pas avoir écrit où que ce soit que la voiture électrique allait sauver le monde. Mais je ne pense pas non plus qu’elle va contribuer à le détruire plus que ne le fait déjà l’automobile thermique. Et je ne pense pas que le moteur à explosion ait de quelconques vertus en ce domaine, ne serait-ce qu’en raison des modes de production de ce carburant, et du fait que des pays entiers crèvent littéralement de la spéculation à laquelle donne lieu une telle ressource. Là encore : nulle leçon. Aucune solution n’est LA solution. Mais on ne peut pas d’un côté se soucier du fait que, peut-être, les batteries perdraient leur aptitude à être rechargées, et dans le même temps, ne pas se soucier du fait que la planète elle-même ne peut pas recharger son propre stock de pétrole au rythme où nous le consommons. La question est plutôt celle-ci : si on a besoin, personnellement, d’une bonne conscience (pour ma part, je ne me satisfais pas de l’avoir mauvaise, mais je ne me leurre pas sur la possibilité de l’avoir, honnêtement, bonne), doit-on pour autant imposer aux autres d’utiliser les mêmes subterfuges que soi pour parvenir à avoir la conscience tranquille ? L’affaire est simple, en fait : tout le monde pollue. La voiture électrique délocalise sa pollution, elle pollue, mais plus loin. Comme la voiture thermique, dont le conducteur va rarement visiter les beaux lieux dans lesquels on extrait le pétrole, et les magnifiques endroits dans lesquels on le raffine (le simple usage de ce mot pour désigner cette activité laisse un peu songeur, non ? )? La voiture thermique pollue donc là où elle est, et là où elle n’est pas. Bref, il n’y a pas 36 solutions si on ne veut plus polluer : on ne se déplace plus. Et c’est une option. Elle me semble un peu extrême. En revanche, on peut commencer par faire un peu moins de kilomètres d’un coup. HOLA !!! Pas de panique ! Je ne dis pas qu’on DOIT faire un peu moins de kilomètres ! Je dis juste qu’on PEUT, si on veut. Et je veux ! Dès lors, quelle bonne raison de me l’interdire ? Le fait que la France soit moche ?

    Je ne partager pas cet avis, ni ce goût. Ça ne se discute pas tellement. Mais pour ma part, je ne me lasse pas de quitter les autoroutes, mais aussi les nationales, et même les départementales pour suivre des routes qui semblent ne mener nulle part, et j’ai l’impression que très, très souvent, on tombe sur des endroits insoupçonnés. A ceci s’ajoute un élément purement personnel : je n’aime pas les paysages fabriqués ou conservés pour qu’on s’émerveille devant eux. Et je ne comprends pas trop qu’on puisse pester contre les ronds-points et chanter la gloire des échangeurs d’autoroutes et des stations service. Ça ne me semble pas hyper logique (et je le précise, j’adore, esthétiquement, les autoroutes, pour mille raisons, mais je ne vomis pas non plus sur tout le reste). Au passage, le truc que je ne comprends pas, c’est qu’on puisse à ce point exécrer prendre les départementales, et par ailleurs, faire partie de cette partie de la population, que je trouve fort intéressante, qui peut visiter une ville étrangère toute entière sur GoogleMaps. Cette activité me fascine totalement, mais je ne pense pas qu’elle doive pour autant interdire de se frotter un peu à la présence réelle, et physique, de la route, des bas-côtés, etc.

    Enfin, chapitre apparemment douloureux, notre chien. Je ne sais pas comment je prends le fait d’être décrit en tortionnaire. On va dire que je vais le prendre le mieux possible (cependant, quand-même, en un seul et même commentaire, je me retrouve simultanément passible d’écocide global, et de torture animale, et je ne suis pas absolument certain que ces accusations soient tout à fait justifiées, mais bref). Bonne nouvelle : notre chien peut, autant qu’il veut, changer de position, et il ne s’en prive pas, tout comme il ne se prive pas de s’allonger et de pioncer profondément. Autre bonne nouvelle, il n’a évidemment pas au -dessus de lui de plage arrière, il reçoit donc toute la climatisation qu’il veut, et on va même jusqu’à lui installer un thermomètre pour être sûr que tout va bien côté température, et un ventilateur pour relayer le flux d’air frais. De même, la caisse dépasse le niveau du bas de la lunette arrière, et il voit donc le paysage. C’est pas une vue panoramique, hein, mais il n’est ni dans le noir, si sans repères extérieurs. Et quand par le passé on faisait voyager nos chiens dans le coffre, sans caisse, d’une part on ne les voyait pas s’ébahir particulièrement sur les couchers de soleil, mais surtout, on entendait bien qu’ils valdinguaient dans les virages, grognant précisément parce qu’ils n’étaient pas suffisamment calés pour dormir tranquillement. De fait, il ne peut pas se déplacer dans sa cage. C’est à dire que, contrairement à ce qu’il pourrait faire dans le coffre de notre 806, si on le laissait en totale liberté (ce qu’on ne fait pas non plus, en fait, pour des raisons de sécurité qui me semblent, certes, ne pas aller dans le même sens que le plaisir qu’on peut avoir à le voir gambader dans le coffre, mais qui me semblent plus importantes que ce plaisir), il ne peut pas aller et venir. Et c’est précisément ce qu’on préfère éviter, parce qu’en cas de mouvement brusque de la voiture, en cas de choc ou de sortie de route, la pire des situations pour lui serait d’être debout, sur ses pattes. Je ne pense pas que ceux qui attachent leurs enfants sur un siège fait pour ça, les empêchant de se déplacer dans la voiture, soient des tortionnaires d’enfants. Maintenant, à quoi ça nous contraint ? A nous arrêter souvent, toutes les heures ou heures et demi. MON DIEU !! QUELLE HORREUR ! S’arrêter ? Perdre ce temps si précieux ! Encore une fois, rien de grave, pas de panique : on ne force personne à le faire. Certains préfèrent se taper 800 bornes d’une traite sans faire le plein, sans pisser eux-mêmes et sans sortir le chien, puisqu’il peut se déplacer librement dans la voiture ? Qu’ils le fassent, je n’ai aucun problème avec ça. Ça correspond pile poil au rythme effréné auquel on veut tout plier, y compris les vacances. Grand bien leur fasse, et bonne nouvelle, ils sont en accord complet avec le monde dans lequel ils vivent. Maintenant, encore une fois, j’ai du mal à comprendre pourquoi, dans un monde si bien huilé, le fait qu’une poignée de personnes fonctionne autrement puisse poser à ce point problème. Enfin, je pense que toi, comme moi, savons reconnaître dans le comportement de notre chien les signes de la tristesse, de la crainte, ou de la joie. Pour notre part, dès qu’il voit sa caisse, il « sait » qu’on part, et il est absolument surexcité à cette perspective, au point que, dès que la caisse est dans la voiture, il ne nous fout la paix que lorsqu’il a pu enfin y sauter. Même quand on fait une pause, il faut lui donner à boire immédiatement après l’avoir sorti, et en fermant le coffre, sinon il n’a qu’une hâte, c’est y retourner. J’espère qu’on nous fera la grâce de penser que, si nous avions constaté une quelconque réticence, les signes de la peur, ou même d’un peu de souffrance en lui, on aurait trouvé une autre solution, ou une autre voiture pour lui.

    D’expérience, je savais qu’il y avait un risque à partager une expérience personnelle sur ce genre d’article : elle peut être vite attaquée par quelqu’un qui craint d’y voir une proposition qui lui serait, un jour, imposée; et ces attaques sont, forcément, personnelles. Il n’y a pas dix mille réponses possibles à ce genre de peur. Juste rappeler que ce n’est qu’une expérience, qu’elle n’a aucune vocation à être imposée à qui que ce soit, que chacun peut parfaitement en clore la lecture en se disant « Mais qu’est-ce qu’ils sont cons ! », et que pour autant, à aucun moment, il ne s’agissait de fragiliser qui que ce soit dans ses choix, dans ses habitudes ou dans sa vision du monde. Ce que je vois quand-même, c’est quelques retours de personnes qui disent, elles aussi, y réfléchir, et prendre le temps de bien peser le pour et le contre (et ça me semble, évidemment, absolument nécessaire, car il y a des contraintes, et je crois les avoir évoquées aussi). Si l’article les accompagne un peu, tant mieux. Maintenant, s’il provoque de la colère, ou de la peur, je ne peux qu’inviter à le relire, en évitant d’y voir une leçon, et en espérant ne pas avoir à en recevoir une aussi, à mon tour.

    Dernière chose, pour les photos. Oui ! Il y a des passages pour piétons sur certaines routes de campagne. C’est peut-être parce que, parfois, les champs cultivés ne sont pas juste des champs cultivés. Il se trouve que ceux-ci sont, aussi, les étendues sur lesquelles a eu lieu, jadis, la bataille d’Azincourt. On trouve là un point de vue permettant de regarder ce paysage. Il y a un petit parking, et donc un passage pour les piétons permettant d’aller de ce petit parking à ce lieu d’observation. A vrai dire, ceux qui ont pensé peindre ce passage piéton s’étaient peut-être dit que les français, curieux de leur histoire, viendraient nombreux sur ce lieu. Nous y étions pourtant seuls. Mais voila : pour le voir, il faut sortir de l’autoroute A26, et prendre une départementale. Dans un pays où nombreux sont ceux qui voient là une punition, forcément, le lieu reçoit peu de visites. Et c’est aussi comme ça qu’on en vient à penser que la France est moche : en n’allant pas la voir. Pour ma part, photographiquement, je trouvais justement ce passage piéton un peu insolite sur cette route déserte. Et c’est drôle, parce que j’ai un peu hésité à mettre des photos personnelles sur un blog public. J’avais imaginé pas mal de réactions, pas forcément positives. Mais je dois au moins te reconnaître cette inventivité : l’idée qu’elles puissent éveiller un soupçon, qu’on puisse penser qu’elles étaient bidonnées ou truquées ne m’était pas venue à l’esprit. Comme quoi, le monde est décidément plein de surprises.

  4. Salut à l’auteur de ce blog,

    je ne participe pas souvent au brouhaha internet général, mais j’ai à cœur de me manifester quand je trouve un travail de qualité qui me parle.

    Alors bravo, et merci pour ces articles passionnés, dont la finesse d’analyse n’a d’égal que la qualité de rédaction ou la sobriété de l’ensemble. On sent dans tes lignes le temps que tu passes à observer, comprendre ce que les constructeurs proposent, et j’apprécie énormément la mesure et la hauteur de tes propos et la pertinence de tes observations.

    Je suis comme toi atterré par la réaction de « Sylvain » ci-dessus, qui arrive à trouver du (très à la mode) complotisme dans ton compte-rendu de vacances ! Pleurer ou rire ?

    Alors que tu prends soin d’y mettre les formes, « oses » des photos personnelles et assumes ta subjectivité sans chercher le prosélytisme, on t’oppose méfiance, ultracrépidarianisme (celui-là, je viens de l’apprendre!) et même une bonne leçon sur la façon de traiter un animal ! Un beau combo !

    J’avoue être épuisé de tomber sur ce genre d’hurluberlu un peu partout sur le net, accusant et jugeant plus vite que son ombre, après avoir lu en diagonale. Cette prétention sans bornes gâche le plaisir de l’échange intelligent (sur les forums spécialisés par exemple) et alimente le foisonnement des articles « putaclics » et autres sections de commentaires des sites dont ces gens raffolent pour déverser leur « savoir » et leur « bien-pensance »…

    Bref, continue sur ta lancée, et espérons que ton blog se passent le plus longtemps possible de ces interventions aussi inutiles que stériles ! Je te tire mon chapeau pour ta réponse patiente et construite, mais je crains que cela soit aussi chronophage qu’inutile face à ces individus égocentrés… Notre société moderne et confortable leur laisse bien trop de temps pour déblatérer !

    Xavier

    • Bonjour Xavier,

      et avant tout merci ! Les manifestations de lecteurs sont assez rares, le plus souvent je sais juste qu’il y a « des lectures », et j’écris un peu dans le brouillard. Du coup, ça fait évidemment plaisir d’avoir un retour positif, même si à vrai dire j’intègre assez bien le fait qu’on puisse ne pas être d’accord. Comme je me place soigneusement assez loin des critères habituels d’évaluation des automobiles (les performances, par exemple), je suis assez loin des jugements objectifs, et on est vraiment dans le domaine de l’interprétation, qui ne peut jamais être univoque.

      D’habitude, j’ai un peu de recul avec les retours négatifs, mais sur l’intervention de Sylvain, j’ai préféré laisser parler un peu la poudre parce qu’il fallait un peu marquer le territoire. Jusque-là, c’était pourtant un interlocuteur de qualité, avec qui nous ne partagions pas la totalité des points de vue, mais ce n’était pas grave, car ce n’était pas personnel. De façon générale, ma vie privée est assez éloignée de ce que j’écris, à quelques détails près. Du coup, j’étais un peu fébrile à l’idée de publier ce retour plus personnel que les autres, et on peut dire que mon inquiétude était prémonitoire.

      Bon, sur le Wilde Wilde Web, ce sont des choses qui arrivent !

      Je prépare d’autres articles, qui sont un peu en phase de finition, qui parleront d’autres choses, moins personnelles. J’espère que ça continuera d’éveiller la curiosité d’une poignée de visiteurs.

      Merci encore, et au plaisir d’échanger.

      Jean-Christophe

  5. Ta force est justement que tu ne cherches pas à convaincre, mais seulement à témoigner.

    Malheureusement, chaque écrit sur le web aujourd’hui est considéré comme une tribune, un manifeste, autorisant automatiquement réactions, buzz et soulèvement…

    Je préfère lire des choses plus personnelles, comme l’est ton blog, que lire ce que les auteurs « pensent que leur lectorat veut lire ».

    J’espère juste que tu ne t’interdiras pas d’autres témoignages, éclairants comme celui-ci. il a toute sa place sur ton site.

    Xavier

    (La notification de suivi des commentaires n’a pas fonctionné :D)

    • Merci encore Xavier,

      Dès le départ, je me suis dit que ce blog serait purement subjectif, et un peu politique dans le fond aussi. J’étais conscient que mes posts sur les forums étaient mille fois trop longs pour être acceptables, du coup, j’ai créé cet espace pour les développer sans me demander si ça fait la bonne longueur.

      Je serais tenté de proposer d’autres essais, mais si ça doit se faire au rythme du renouvellement de ma voiture, ça va mettre un certain temps avant que de nouveaux articles arrivent ! 🙂 Et l’audience actuelle ne va pas me permettre de convaincre des constructeurs de me prêter des modèles pour une weekend ou une semaine d’essai, et je ne suis pas certain de le regretter : j’ai l’impression que dès qu’on joue à ce genre de jeu, on doit rapidement faire bon nombre de concessions auxquelles je n’ai aucune envie de me plier.

      Bref, je vais continuer à proposer un article par ci par là, en ayant le plaisir de savoir qu’il y a quelques lecteurs qui y trouvent leur plaisir !

      merci encore.

      JC.

      PS : Mince, je vais fouiller un peu dans la mécanique du blog pour voir pourquoi la notification de réponse n’a pas fonctionné !

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