Le transporteur

In Advertising, Art, BMW, C15, Citroën, Isetta
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A quoi ça sert une bagnole, si ce n’est à aller au-delà, à franchir des bornes qui semblaient jusque-là constituer la limite définitive qu’était censée respecter l’expansion de nos vies ? Ces murs, le plus souvent, sont ceux du cercle familial, du quartier, mais ce sont aussi parfois de véritables et officielles frontières, avec leur barrière, leur poste de douane et les douaniers qui vont avec, leur vérification de passeports, de visa, leurs fouilles, leur ouverture à la corruption et, si celle-ci ne persuade pas, leur envoi à la case prison, ou le retour à la case départ. On aimerait dire qu’il est arrivé que cette frontière prenne la forme d’un mur barrant le paysage, empêchant tout passage de son autre côté. Mais on sait qu’on ne peut pas mettre cette phrase au passé, car des murs, s’il en est tombé, il s’en construit aussi, énormément. Partout, voitures et camions sont les moyens incertains, certes, mais disponibles pour tenter le coup du franchissement des frontières.

On comprend donc bien la nécessité de se calmer un peu avec la bagnole, d’être plus économe en consommation des ressources, et aussi de passer son temps, un peu, à autre chose. Mais on sait aussi que la voiture est encore aujourd’hui la forme matérielle de la possibilité d’un ailleurs non contraint. Quand elle n’est pas elle-même une emprise, elle est ce qui permet d’échapper, physiquement, à l’emprise géographique, qui est aussi un enfermement social; ou politique. Elle est ce qui permet de reprendre la main sur soi, de s’éloigner des zones toxiques, d’aller vers ce avec quoi on pourra vivre. Evidemment, on peut faire tout ça en train, ou à pieds. Mais la bagnole est comme le cheval dans l’écurie : elle est là, prête à partir, elle ne nécessite aucun respect des horaires, elle n’impose pas de contrôle des billets, elle ne demande pas de comptes. Pouvoir partir le moment venu, ou quand on en a pris la décision, c’est parfois salutaire.

Allemagne, années 60

Klaus-Günter Jacobi avait une voiture. Et il avait aussi un ami. Mais pas au même endroit. Sa voiture, ce n’était presque pas une voiture. Vous voyez la 2cv de chez Citroën ? Imaginez plus modeste encore. Enlevez lui un cylindre, rapprochez ses roues arrière l’une de l’autre, supprimez les portes et amputez la de deux places. Le moteur et la propulsion, passez-les à l’arrière. Vous vous dîtes que ça ressemble plus à une moto à quatre roues qu’à une voiture, et en effet, ce sont les bases mécaniques d’une moto. Sur la face avant, qui est aussi l’unique porte d’accès à l’habitacle, on trouve le logo BMW, et de chaque côté de celui-ci, la dénomination du modèle : 300, et Isetta. On est après guerre, on est en Allemagne, on ne pourrait pas avoir davantage touché le fond, on repart à zéro. La voiture de Klaus-Günter Jacobi n’est presque pas une voiture, en revanche son ami est vraiment son ami. Quelqu’un dont on sauverait la vie s’il le fallait; et comme il le fallut, Klaus-Günter Jacobi lui sauva la vie. Et ce ne fut ni spectaculaire, ni tonitruant.

Les escape-movies nous ont habitués à n’envisager les évasions qu’à bord d’engins puissants écrasant tout sur leur passage. En théorie, pour s’enfuir, il faut un gros moteur, du volume pour placer le passager, du blindage, et un pare-buffle. Bon, bref, on ne peut pas envisager d’extraction digne de ce nom sans, au choix, une Audi A8, ou un GMC Vandura 3500. Problème : en 1962, Klaus-Günter Jacobi ne possède ni l’un, ni l’autre. D’une part, parce qu’ils n’ont pas encore été conçus, d’autre part, parce que si BMW propose à son catalogue cette bubble-car conçue en Italie par Iso-Rivolta, concepteur de motos, mais aussi de réfrigérateurs, c’est parce que les allemands, rincés par leur propre histoire, n’ont absolument pas les moyens d’acheter mieux que le croisement d’un frigidaire et d’un scooter. Et c’est là la raison pour laquelle BMW vend cet étrange objet, que la marque préfère appeler Motocoupé, histoire de faire comme si c’était là une évolution de sa division moto, plutôt qu’une très forte dégradation de ses automobiles. Précisons-le : en descendant ainsi en gamme, ce n’est pas la vie des allemands que la marque munichoise a sauvée; mais la sienne.

There’s a feeling I get, when I look to the West

En 1962, Klaus-Günter Jacobi vit à Berlin Ouest depuis quatre ans, ses parents et lui-même ayant quitté l’arrondissement de Berlin Est dans lequel il a grandi, pour échapper aux restrictions croissantes et aux menaces imposées par le régime Est-allemand. Depuis quatre ans, donc, il vit plus éloigné de son ami d’enfance, Manfred Koster, dont la famille est restée dans son quartier d’origine. Mais pendant ces quatre années, quelque chose de nouveau les a séparés pour de bon, quand bien même ils ne sont pas si loin que ça l’un de l’autre, quelque chose d’invraisemblable et pourtant bel et bien là, bien plus que ne l’était, jusqu’à son apparition, l’horizon. Un mur traverse la ville, frontière infranchissable entre deux vies, plongeant les uns et les autres dans une absurde proximité, qui était aussi une absence. Si loin, si proche. Et c’est en 1962 que Manfred Koster reçoit un ordre de mobilisation de l’armée de RDA. Serait-il mort s’il avait répondu à la convocation ? On ne le saura pas. Toujours est-il qu’en ne s’y rendant pas, il est resté vivant. Surtout, parce qu’il était pacifiste convaincu, il a pu ne pas se trahir lui-même. Mais pour échapper à cette mobilisation, il fallait quitter l’Est, passer à l’Ouest. Et c’est son ami Klaus-Günter qui lui en offrit la possibilité, en organisant son exfiltration dans sa BMW Isetta.

Et là, vous pensez à cette scène de course-poursuite en Mini Cooper dans The Bourne identity, ou à la scène dans laquelle Carole Bouquet embarque James Bond dans sa 2cv, dans For your eyes only. Un peu comme si on confiait une Smart à Jason Statam. Eh bien, pas du tout. Dans l’opération pensée par Klaus-Günter Jacobi, l’ingrédient principal fut le profil-bas. Et une bonne dose de prestidigitation. Vous avez déjà vu une femme disparaître dans un spectacle de magie ? Le truc est en fait toujours le même : on vous montre un contenant sous un angle un peu spécial, on joue sur vos préjugés, selon lesquels par exemple une femme ne peut tenir dans l’épaisseur du plateau d’une table, et on l’y fait tenir malgré tout. L’Isetta, ici, c’est le plateau de la table : l’oeil se dit en la voyant qu’on ne peut y cacher personne. L’idée, c’est donc de se ramener au poste frontière avec un Manfred planqué sous la tablette arrière, et de penser très fort dans sa tête quelque chose comme « Abracadabra ! ».

How the West was won

Et à vrai dire, pour y glisser quelqu’un là où il n’est pas censé être, il a fallu se débarrasser de deux trois bricoles, dont l’élément qui prend presque le plus de place dans ce modèle : le réservoir. Autant dire que le mètre soixante quinze de Manfred Koster a dû se contorsionner pour entrer dans l’espace aménagé pour lui sous la plage arrière. Autant dire aussi que lui comme le conducteur (qui n’était pas Klaus-Günter Jacobi, parce que celui-ci n’avait pas l’autorisation d’aller vers l’Est) retinrent leur souffle au moment de passer le poste frontière. Mais pour nous, pas de suspens : nous savons que l’opération fût réussie.

La petite Isetta ne sauva pas d’autre vie, parce qu’elle devait passer le contrôle technique, et son absence de réservoir était une raison suffisante d’échouer à cet examen. Klaus-Günter Jacobi la mena donc à la casse. En revanche, d’autres suivirent son exemple, et on recense une petite dizaine d’initiatives de ce genre. Toutes les tentatives ne furent pas couronnées de succès, mais une poignée de personnes purent vivre, simplement, là où elles le voulaient, grâce à ces voiturettes bricolées qui rejouaient une fois de plus le combat de David contre Goliath. Parfois, c’est la modestie qui l’emporte.

Aujourd’hui, BMW coordonne sa communication avec la commémoration de la chute du mur de Berlin en diffusant un micrométrage réalisé par Alex Feil, intitulé The small Escape. On n’est évidemment pas naïf, quand les marques réinvestissent l’histoire dans leur propre publicité, et ce y compris quand leurs produits y ont véritablement participé. Mais Alex Feil a fait ce boulot de façon respectueuse. Pour deux raisons. L’une est intéressée : aucune marque n’a intérêt à sembler faire un usage cynique de l’histoire. Et chaque réalisateur qui va sur ce terrain sait qu’il doit être irréprochable, sa proposition étant observée sous toutes les coutures, et forcément critiquée. L’autre raison semble moins intéressée : Alex Feil vit à Los Angeles, et la frontière mexicaine n’étant pas si loin, il sait ce que c’est que voir un mur se construire, et séparer des familles entières. Et il est difficile aujourd’hui de penser à l’existence du mur partageant Berlin entre deux mondes sans penser au mur que Trump construit à la frontière d’un monde qui se dit « libre ». Alex Feil voulait tourner ce film, aussi, pour mettre en scène l’absurdité d’une telle situation.

Fermeture centralisée

Ailleurs, on se contente d’interdire de faire monter dans sa voiture un migrant en situation irrégulière, même si c’est pour l’emmener là où il sera moins perdu, moins frigorifié, moins affamé, et moins seul. C’est une assistance qui n’est pas légale. Pourtant, cet interdit est enfreint, là où certains croisent sur les routes, la nuit, les regards effrayés d’humains errant dans des paysages qui pourraient être accueillants, si seulement on leur ouvrait la porte. S’il n’y a pas de mur, les serrures et volets clos peuvent faire l’affaire. L’interdiction de venir en aide est, aussi, une frontière mobile qui se dresse entre chacun et chacun; elle est pratique, légère, gratuite. Invisible, elle ne donne pas l’impression d’y être prisonnier, on ne la vit pas mal, pour peu qu’on s’y soit installé confortablement. Mais ces murs ci aussi, certains aident d’autres à les franchir, mettant parfois en risque leur sécurité.

Je me demandais, en regardant le minimétrage d’Alex Feil, si dans trente ou cinquante ans d’autres réalisateurs pourront rendre hommage à une marque en mettant en scène les actes héroïques ou simplement humains auxquels elle aurait participé de nos jours. Pour me faire une idée, et confirmer un soupçon, j’ai regardé le beau petit documentaire réalisé par Spencer Wolff pour le Guardian, intitulé The Valley Rebels (2017), consacré à tous ceux qui, dans la vallée de la Roya, défient la loi pour, simplement, accueillir l’humain quand il se présente, d’où qu’il vienne. Je l’ai regardé une nouvelle fois, en espérant un truc, et ce truc s’est réalisé. A vrai dire, je regardais quelle était la bagnole de Cedric Herrou, ce gars qui, tout simplement, a tendance à ouvrir ses portes quand bien même il sait que la loi ne l’y autorise pas, et assume d’être poursuivi pour ce qu’il fait, et de continuer à faire ce pour quoi la « justice » le condamne. Je me demandais simplement, « en quoi il roule ». Sur les premiers plans du documentaire, tournés depuis un fourgon, ou un minibus, on suit le désobéissant personnage au volant, lui, d’une 307 jaune. Et je me suis tout de suite dit qu’on voyait mal Peugeot, dans trois décennies, tourner une publicité mettant en scène des citoyens désobéissant aux lois pour porter assistance à des migrants qui en ont bien besoin. Le héros Peugeot type, c’est le simili James Bond de la pub pour la 205 GTi. Ou un tennisman. Bref, un bourgeois qui se raconte qu’il vit un truc intense. En fait, il y a une marque en particulier dont on se dit que ceux qui en sont les clients sont capables d’ouvrir leur portière pour faire monter un inconnu trempé par la pluie, transi par le froid, en délicatesse avec la loi. Une marque qui, en célébrant son centenaire, diffusa des spots rétrospectifs dans lesquels cette idée de l’accueil de l’inconnu au sein de l’habitacle afin de l’amener là où, sinon, il n’aurait pu se rendre, était le fil rouge de la narration, le fil conducteur de l’image. Et soudain, au détour d’une scène se déroulant sur un marché, je découvre le héros de la Roya se dirigeant vers un C15, portes battantes grandes ouvertes, pour y déposer un truc. Et devant ce mini-fourgon je me dis que, quand même, il est pas mal fait, le monde.

Ne pas payer de mine

C’est très exactement LE modèle dans lequel je l’imaginais rouler. Et même si je sais que vous êtes probablement un peu passionné de bagnoles si vous lisez ce blog, et même si je suppute que, du coup, vous ne tenez pas la Citroën C15 en très haute estime, essayez de vous faire à l’idée que ce n’est pas du tout par mépris que j’imaginais Cedric Herrou rouler en C15. Au contraire. Tout d’abord, je vois mal comment on pourrait avoir du mépris pour lui. Il fait ce que nous n’avons pas le courage de faire, sans doute parce que son premier mouvement, c’est d’aller vers l’autre, et que ça ne réclame de courage qu’à ceux qui voient spontanément en l’autre une menace, ce qui n’est manifestement pas son cas. Son courage ne consiste pas à rencontrer ceux qu’il aide, mais à se confronter à ce qui, pour lui, est une vraie menace : l’Etat. Ensuite, la Citroën C15 est peut-être bien une icône qu’on ignore. Je pense que je lui consacrerai un jour un article tout entier, mais pour le dire un peu rapidement, c’est probablement un des engins qui fait le moins de concessions cosmétiques à ce pour quoi il est fait : transporter des trucs. Il pousse ce principe tellement loin qu’il ne fait même pas en sorte d’être moche. Il est simplement tel que sa fonction l’a fait. Et rien d’autre. Et à force de ne pas se plier aux exigences du design, il est peut-être bien une leçon de design à lui tout seul. Imaginez : une fourgonnette qui a pour base une compacte qui est considérée comme l’une des plus laides que l’histoire ait connue ! La C15 est la voiture qu’on choisit quand on veut faire des choses, un point c’est tout. Celle qu’on va acheter parce qu’on s’en fout un peu. On peut l’abîmer, on peut la salir, on peut accorder plus de valeur à ceux qu’on va transporter qu’à la voiture dans laquelle on les emmène.

Il y a peut-être là une leçon. Quand BMW a voulu, au début des années 2000, valoriser ses modèles dans des récits filmés, il a fallu recourir à la fiction, dans la série des courts métrages intitulés The Hire. On était dans l’ordre de la fiction parce que, dans la réalité, on ne choisit pas une BMW X5 pour aller intervenir au beau milieu d’une guerre civile, c’est comme ça. L’engin est trop précieux, trop coûteux pour risquer de le détruire dans une bonne action. Si aujourd’hui la même marque peut valoriser un de ses modèles dans une mise en scène qui prend ses racines dans l’histoire, c’est précisément parce que c’est un modèle extrêmement modeste, dont le propriétaire pouvait accepter l’idée qu’il ait moins de valeur que la vie de son ami. Si Klaus-Günter Jacobi avait roulé en BMW 1500, il n’aurait pas sacrifié celle-ci pour mener à bien cette exfiltration. Et si Cédric Herrou roulait en Mini Paceman, il refuserait d’y entasser six migrants sortis de nulle part comme il le fait dans sa 307 . Parce que rouler à sept dans cette compacte, ça raie les plastiques, ça laisse des traces de chaussures boueuses à droite à gauche, ça peut déchirer une garniture de siège, bref, ça peut détériorer le précieux objet. Pour pouvoir faire vraiment quelque chose avec un objet tel qu’une voiture, il faut que ce qu’on fait avec ait plus de valeur que la voiture elle-même. Ce n’est pas possible avec les objets précieux qu’on vend aujourd’hui.

Le Prestige de l’uniformité

On pourrait pourtant imaginer que cette aptitude à l’ouverture, cette possibilité de venir en aide quelles que soient les conséquences, puisse être un argument de vente. Elle le serait, à vrai dire, s’il était dans l’air du temps de porter ainsi assistance aux inconnus. On peut penser que nous sommes désormais profondément égoïstes, indifférents au sort des autres. Pourtant, il n’est pas certain que nous soyons profondément si incapables que ça de venir en aide, ou de porter assistance aux autres. En revanche, il est probable que cette aptitude soit empêchée par des éléments qui nous retiennent. La valeur, excessive, des objets que nous nous offrons est évidemment une source non négligeable de réticence au moment de faire une place à l’inconnu. Et dans un monde dans lequel on n’en est plus à acheter les objets malgré leur prix trop élevé, mais à les acquérir précisément parce qu’ils sont excessivement chers, il est peu étonnant qu’on fasse passer cette volonté de se hisser au-dessus des autres avant la nécessité de venir en aide aux plus faibles. On ne peut pas désirer faire envie, et ensuite ne pas avoir conscience qu’on a rendu les autres envieux.

Europacorp nous a salement habitués à tourner notre regard vers des modèles dont le prestige est entièrement fondé sur la fiction. Situations irréalistes, personnages impossibles, attitudes grotesques, fausse ironie ne cherchant même pas à masquer une prétention absolue. Evidemment, quand les films sont des publicités et que le public est prêt à payer pour voir ce genre de choses, il ne faut pas s’attendre à des miracles. La Clio basique et terne de Simon Calmat, le maître nageur de Welcome, est pourtant plus à même d’être conduite par un héros véritable, qui sait ce qu’il en coûte de baisser sa vitre sous la pluie, et de proposer à deux clandestins de les conduire à bon port. Si Simon Calmat roulait en Safrane, il aurait peur que les deux passagers ruinent le velours des sièges. Nous aurions tout à gagner à privilégier des critères véritablement humains dans notre façon de créer des mythes automobiles. On ferait des économies, et on parviendrait à vivre ensemble. Pour une fois, BMW s’y emploie un petit peu. On aimerait simplement que ce soit pour inviter à privilégier une certaine forme de modestie automobile. Mais voila, si la marque fait aujourd’hui sa promotion sur ce récit qui relève de l’histoire ancienne, c’est aussi parce que ça fait bien longtemps qu’elle n’a plus aucun modèle dans sa gamme qui permette de développer une attitude semblable. A tout prendre, entre BMW évoquant l’acte de Klaus-Günter Jacobi et DS convoquant la mémoire de Jeanne d’Arc, notre choix est, on le devine, assez vite fait. Mais pour autant, la marque allemande ne fait pas la promotion de la modestie, elle se hausse du col en s’associant à un acte héroïque auquel aucun de ses modèles actuels ne pourrait participer. On espère que dans trente ans Citroën pourra produire un spot publicitaire dont le héros, dans sa C15, proposera à des égarés un peu de repos et de bienveillance. Mais on espère surtout que la marque, ce jour là, aura encore dans sa gamme ce genre d’engin qui ne cherche pas, à tout prix, à se situer plus haut que tout.

Il y a, dans le maniement des références historiques, un risque, c’est la comparaison avec le présent. Un passé héroïque peut être un joli camouflage, quand le présent est un peu moins glorieux. Le vingtième siècle nous invite un peu trop facilement à répéter en boucle la question « qu’aurions-nous fait ? » et à imaginer des fictions dans lesquelles nous avons, rétrospectivement, le beau rôle. Mais dans trente ans, personne ne se demandera ce que nous aurions fait au beau milieu du 20è siècle. On se demandera simplement ce que nous avons fait là, maintenant. BMW peut toujours tenter de surfer sur la commémoration de la chute du mur de Berlin, la marque a beau jeu de le faire. Cela n’enlève rien à la question, pressante elle aussi, des engagements et des actes du présent. Et sur ce point, on peut craindre qu’on se soit, depuis les années 60, considérablement éloigné des valeurs mises en avant dans cette Petite Evasion.

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