Ma p’tit’ beauté !

In BMW, M2, Série 2
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L’évocation du présent immédiat de BMW étant un peu déprimante, je me suis dit avant même de rédiger le précédent article qu’il faudrait proposer dans la foulée quelque chose qui mette un peu de lubrifiant au cœur de ceux qui sentent que ça grippe un peu dans leur muscle cardiaque quand ils regardent ce que devient cette gamme qui, à de trop rares exceptions près, semble aujourd’hui répondre à des projections commerciales, plus qu’à une véritable passion automobile. Peut-être, aussi, faut-il se faire à l’idée que les voitures conçues à Munich ne le sont plus, aujourd’hui, prioritairement pour notre propre marché, mais pour d’autres clients qui, ailleurs, ont dans les yeux des grilles de lecture du design qui sont un peu différentes des nôtres.

Il y a dans l’univers parallèle qu’est le monde numérique des sources réservées à ceux qui veulent remonter à ce temps où ils prenaient un vif plaisir à regarder ces bagnoles au regard sévère évoluer en liberté sur les routes imaginaires des mini-métrages publicitaires. Et il y a dans la gamme bavaroise encore quelques beaux objets montés sur roues, pas forcément passéistes, mais tout simplement dignes du passé glorieux de la marque, à la hauteur des performances de leurs ancêtres, et de leur design, aussi.

Parmi ces modèles qui ne font pas regretter de connaître le BMW d’aujourd’hui, il y a la série 2, telle qu’on l’a connue jusqu’à aujourd’hui, et on se doute bien que je ne parle pas ici de ses déclinaisons sous forme de monospace. Non, LA série 2, c’est le coupé qui, depuis 2014 incarne le véritable rôle de jouet mécanique dans une gamme qui, sinon, pourrait presque sembler trop sérieuse, tant elle se plait à faire de la performance quelque chose d’ultra maîtrisé. La série 2 reste un véritable coup de génie dans le passé recent de la marque, parce qu’elle est une façon de demeurer extrême sans pour autant jouer le jeu, finalement un peu facile, de la surenchère. Et pourtant, on sait à quel point sa déclinaison sauvageonne qui chapeaute sa gamme et la transforme en véritable peste, est capable de prendre une majeure partie de la production automobile de très, très haut. Elle est un peu la Petit Poucet ne faisant qu’une bouchée de l’ogre. Si on appliquait encore les mœurs du Moyen-Âge, on balancerait les M2 dans la flotte. Si elles coulaient, on considérerait que, tout compte fait, elles ne ont pas ensorcelée. Et si elles flottaient, on décréterait qu’il s’agit de sorcières, on les sortirait de l’eau et on les sécherait vraiment très bien pour aller les ficeler à un poteau, en haut d’un grand bûcher sur lequel on les sacrifierait, histoire que le monde retrouve un peu de santé mentale. Les anglais ont un mot pour désigner la M2, et on pourrait croire qu’ils l’ont inventé rien que pour elle : insane. On ne peut pas dire mieux.

Est-ce dû à l’aura incandescente qui irradie depuis la M2 sur le reste de cette gamme ? Toujours est-il que toutes les séries 2 bénéficient de cet air frais que cette toute petite berline à deux portes fait souffler sur le monde auto, et toutes ses versions, y compris les moins puissantes, bénéficient de cette image a priori positive.

Aussi, un des meilleurs mini-métrages dans lequel je prends plaisir à voir évoluer le coupé série 2 dans un univers taillé exprès pour lui a été réalisé par Daniel Börjesson il y a deux ans. La version que vous propose ici est un montage un peu court, qui laisse de côté le récit un peu emberlificoté de sa déclinaison longue, celle-ci faisant intervenir une conductrice au volant d’un cabriolet, que j’aime un peu moins. Le film y gagne en puissance évocatrice ce qu’il semble perdre un peu en développement et en clarté scénaristique. C’est bon, nous sommes en 2019, et nous sommes amplement capables de jouir d’un film sans narration chronologique, sans action lisible et sans enjeu. Nous pouvons être purement contemplatifs, et larguer les amarres du récit pour nous laisser aller à la simple évocation du temps qui passe, et qui nous échappe. Horloges arrêtées, aiguille sur le point de repartir en arrière, en mode « auto-reverse », paysages défilant, lieux anonymes et intenses à la fois. Daniel Börjesson sait tisser un paysage poétique, fait de sensations, d’atmosphère dense, de personnages tout en intériorité, de situations tendues, de voix chuchotant des propos énigmatiques, et de mouvements automobiles, dans lesquels il peut insérer la série 2 déployant tout son énergie, roulant comme on ne peut pas vraiment le faire habituellement. Et c’est un vrai plaisir, simple, dénué de volonté de domination sociale, ne visant pas non plus la suprématie sur la route. C’est quelque chose de quasiment démocratique, fait de modestie et de maîtrise, de contenance et, pourtant aussi, de débordement et même, d’aptitude à l’explosivité. Petit corps, grande roues, habitacle presque étriqué, mais capot long préservant même, et on n’en revient presque pas, cette cote de prestige qui fait tant défaut à la nouvelle série 1. Un homme, une bagnole, une route et quelques éléments flottant dans le paysage. Les racines de ton bon road-movie, prêt à égarer le conducteur, pour qu’il roule plus longtemps.

Et comme un plaisir ne vient que rarement seul, et que les sources d’espoir sont, elles aussi, capables de voler en escadrille, je partage aussi cette autre vision sublimée de la série 2, dans sa version Motorsport cette fois ci, magnifiée par Andreas Hempel, qui travaille souvent pour la communication BMW. Son travail transporte les modèles qu’il met en scène dans un univers lui aussi entièrement taillé pour la performance. Les villes qu’il construit autour des modèles qu’il saisir sont conçues exprès pour se refléter dans les carrosseries au lustrage numérique, la brume électrique qui flotte sur les pistes luisantes évoque ces villes lointaines comme le sont les univers imaginaires, dans lesquelles flotte un mélange de moiteur et de gomme brûlée. Les angles sont impressionnants, parfois rigoureusement impossibles, l’asphalte semble avoir été lubrifié par un camion citerne sur la toupie duquel serait inscrit, en bonnes grosses lettres roses, DUREX. Une ville et une voiture, spécifiquement dédiées au plaisir.

On reviendra sans doute sur les travaux respectifs de Daniel Börjesson et d’Andreas Hempel, qui méritent tous deux le détour. Je livre ici, pour cette fois, leur vision de la série 2 uniquement pour qu’on prenne encore un peu de plaisir avec cette marque si puissamment portée par son passé, afin de parier aussi, encore un peu, sur son avenir. S’il y a encore âme qui vive à la direction de BMW, qu’elle prenne ceci comme un phare dans ce qui semble être sa nuit nautique : c’est par ici qu’il faut aller, c’est là que se trouve le bon port, et il serait temps de revenir un peu plus près des côtes, sur le continent de la joie pure.


Et en bonus, le making of des spectaculaires visuels créés par Andréas Hempel :

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