Grand Tourisme

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En préparant l’article précédent, j’ai cherché un peu à droite à gauche des photographies un peu correctes de la Citroën SM, pour partie des photos d’époques, et pour partie des clichés plus récents. Mais je me suis un peu arrêté sur une photographie en particulier, mettant en scène une SM et une Porsche 911. En fouillant un peu, j’ai trouvé son auteur. Il s’appelle Jonathan Jacob, et c’est un photographe qui oeuvre dans le monde mécanique, surtout automobile, depuis des années. Souvent, il met son talent au service de voitures qui ont leurs racines dans les années 70. Et quand il saisit des modèles plus récents, son image est un mélange entre une définition visuelle telle que le permet le numérique, et des tonalités « à l’ancienne ». Il photographie les voitures dans leur univers naturel, la route très majoritairement, mais aussi les garages et le circuit. Son site regorge de récits de prises de vue et très souvent il évoque sa recherche d’une lumière précise, d’ombres permettant de mieux dessiner et ambiancer les intérieurs. Et de fait, il y a dans ses clichés une lumière magnifique, sans esbroufe, à la limite de la lumière naturelle et du traitement postprod. 

C’est pour la revue Classic Cars Magazine que Jonathan Jacob a réalisé cette série rassemblant Une Citroën SM, Une Porsche 911, une Aston Martin Vantage V8, une Alfa Roméo GTV, une Jaguar XJS et, idée géniale, une Ford Capri. On se trouve à cheval entre la fin des années 70 et le début des années 80, et honneur est rendu à la fine fleur de ce qu’on appelait, alors le grand tourisme. Les initiales GT, depuis, ont été mises un peu à toutes les sauces, mais cet article et ces photos permettent de revenir aux racines du genre, en rappelant que, quelles que soient les variations qu’on ait fait subir au genre depuis, une GT, c’est une bagnole qui dispose d’un intérieur confortable et accueillant, ne nécessitant aucune gymnastique pour y accéder, du moins à l’avant. Et bien sûr c’est un habitacle monté sur une mécanique d’exception, un moteur qui mérite, avant même d’être conduit, qu’on ouvre le capot pour le parcourir du regard, en étudier la disposition interne, l’organisation des organes, et qu’on écoute, de l’extérieur, le son rauque de son réveil, puis, une fois réchauffés les fluides qui le parcourent, les montées en régime qui s’expriment en véritables vocalises. C’est ce qui permet à la SM de se trouver parfaitement à sa place dans ce reportage, parmi ces partenaires issues de marques a priori plus prestigieuses,  quoi qu’il en soit de sa fiabilité ; après tout, certaines des concurrentes dans ce reportage avaient aussi une certaine tendance à ne pas fonctionner tout à fait comme elles auraient dû le faire.

C’est aussi ce qui permet de douter qu’on puisse voir, avant longtemps, une GT française proposée à l’un ou l’autre des catalogues de nos constructeurs nationaux. Quoi qu’on pense des vertus du downsizing, une GT réclame un moteur qui ait une véritable présence. Et on peut retourner le problème dans tous les sens, pour le moment, ça réclame une cubage important, et un nombre de cylindres qui soit supérieur, et non égal à quatre. Et pour le moment, l’hybridation ne constitue pas une alternative satisfaisante, parce que l’électricité apparaît, du point de vue mécanique, comme l’équivalent d’une montre digitale par rapport à une véritable mécanique d’horlogerie. C’est sans doute un peu paradoxal, car il pourrait y avoir, dans l’électricité, quelque chose qui s’accorderait avec l’esprit d’un habitacle confortable capable de traverser l’espace avec puissance et aisance. Mais il manque à l’électricité une mise en scène qui lui donnerait la noblesse qui lui fait défaut. Le problème, c’est que lorsque la voiture est à l’arrêt, il ne se passe plus rien. Un moteur, un vrai, a une présence physique, matérielle. Quand bien même on n’y met plus les mains, on sait quelles sont les pièces en mouvement, on les devine au son qu’elles produisent, on les voit, en quelque sorte, en transparence à travers la carrosserie. Et c’est ce qui fait que, si on sait qu’un moteur n’a que quatre cylindres, ce qu’on voit aux rayons X sous le capot, c’est une absence. Et s’il n’y en a plus du tout, on devine le vide absolu. 

Dès lors, les dernières GT française sont sans doute la Peugeot 406 V6, et l’Avantime. Et dans une certaine mesure, cette dernière fut sans doute l’une des plus convaincantes réinterprétations de ce que la SM fut en son temps, allant jusqu’à prendre modèle sur son échec commercial. Que la France soit, aujourd’hui, incapable de proposer quelque chose d’équivalent ne signifie pas qu’elle n’ait rien à proposer. Loin de là. Et après tout, peut-être que ce concept du prestige lié au volume des cylindres d’une voiture fait partie d’habitudes qui sont davantage liées au passé qu’à l’avenir. Peut-être cela n’a t-il encore du sens que parce que ça en eut par le passé, parce que c’est un héritage culturel. Mais peut-être cela n’aurait-il aucune valeur si ça apparaissait aujourd’hui. On le devine un peu en regardant le marché chinois, qui semble beaucoup moins sensible à ce genre d’argument. 

Pour autant, si la photographie permet de redonner une présence à ce qui n’est plus, on peut passer un bon moment à plonger dans les portfolios de Jonathan Jacob, qui réussissent si bien à restituer la présence intemporelle de modèles qui habitent désormais nos mémoires plutôt que nos routes. Les modèles qu’il photographie, parce que ce sont des voitures de légende, peuplent nos rêves, nos imaginaires. En ce sens, ils ne peuvent être ni démodés, ni dépassés. Ils appartiennent à une sphère uchronique, ils sont comme les dieux atemporels, ils appartiennent à un autre monde, s’étant échappés de celui-ci, dans lequel ils n’auraient plus leur place. Il n’est pas étonnant dès lors que ce soit la photographie qui soit la plus à même, aujourd’hui de leur rendre hommage, tant elle est une présence qui témoigne, en réalité, d’une absence, d’une forme de disparition. 

L’article dont sont tirées les photographies partagées ici : http://jjpautophoto.co.uk/2017/08/70s-grand-tourers-classic-cars-magazine/
Le site de Jonathan Jacob : http://jjpautophoto.co.uk/

 

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