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Juste pour le plaisir des yeux, un clip réalisé par Cyprien Clément-Delmas pour le titre de Thylacine, War Dance. Dans une ligne dont la racine pourrait se trouver dans le magnifique film de Claire Denis, Beau travail, qui mettait en scène de façon quasiment chorégraphiée la vie quotidienne de légionnaires, avec un Denis Lavant électrisant, entrant carrément dans une surchauffe extatique dans la séquence du générique de fin, War Dance met en scène des hommes esquintés au combat, se relevant cependant pour entrer dans de purs mouvements. Non plus la ruée vers le combat, mais le mouvement pour le mouvement. Et la danse partage avec le cruising au volant cette façon d’être un mouvement entretenu pour lui-même, sans objectif, sans but, sans autre intention que de l’effectuer. 

Quelques plans rapprochés sur les broches maintenant en place les membres fracassés des soldats, dans cet hôpital militaire, laissent aussi penser que Cyprien Clément-Delmas s’est confronté, lui aussi, à l’invraisemblable film de Cronenberg, Crash, qui méritera un jour à lui seul un article sur Conduite-intérieure. 

Ici, c’est tout le corps militaire qui est embarqué dans le mouvement, jusqu’aux chars qui se lancent, eux aussi, dans une chorégraphie entièrement mise au service de l’objectif de la caméra. Ça fait un peu penser à ce que le danseur Philippe Priasso met en oeuvre avec une pelleteuse, à ceci près que, finalement, celui-ci devrait un jour être filmé de façon correcte, dans un cadre qui mette en valeur son travail. Manifestement, Cyprien Clément-Delmas sait mettre en images ce duo de chars d’assaut, tout comme il sait filmer les corps en lutte. 

On retrouvera dans ce clip une tendance contemporaine, illustrée tout particulièrement, ces derniers temps, par la série, splendide, de clips réalisés pour le duo The Blaze, à filmer les corps masculins, en mode combat rapprochés, de telle façon qu’on ne sache plus quelle est la nature véritable de ces corps à corps. Dans le fond, c’est peut-être dû au fait que, justement, cette nature soit ambiguë. L’homoérotisme de ce genre de clip est évidemment entretenu, lui aussi s’inscrit dans une histoire qui remonte, au moins, à l’esthétique de Jean Genêt. On ne le développera pas, même si ce serait intéressant, y compris ici, parce qu’après tout, le transport amoureux est lui aussi un moteur, sans doute le plus beau, le plus puissant, et on demeure convaincu que toute mécanique qui prétend être autre chose qu’une machine cherche, dans le fond, à imiter cette force qui pousse les êtres à se mettre en mouvement pour tendre les uns vers les autres à l’infini, asymptotiquement. 

Dans cette dialectique entre désir et combat, entre attraction et destruction, mise en scène par ce court métrage, on devine une partie des pulsions qui peuvent nous conduire à poser nos fesses sur un siège auto, nos mains sur le volant, le pied droit sur l’accélérateur le gauche en attente, et à envisager l’asphalte comme un théâtre des opérations. 

Voici : 

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