Belly tanker

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Un petit moment de poésie, avant de parler politique, gilet jaune et parachute doré. 

Deus ex machina est une entreprise de vente par correspondance qui donne dans le lifestyle vous voyez ? Un peu d’esprit surf par ci, un brin d’inspiration bikers par là, les grands espaces évidemment, les éléments, tout ça. Tout est cool, le moindre objet semble avoir une histoire, à moitié écrite par la main des hommes qui l’ont utilisé, et à demi le résultat d’années de polissage patient par les vents, les pluies, d’usure lente, d’entretien méticuleux. Tout est exactement comme ça doit être, dans les moindres détails. La boite se trouve en Australie, c’est dire si dans leur domaine ils font vraiment tout comme il faut. 

Mais en s’installant ainsi à l’autre bout du monde, une marque se condamne à miser gros sur la communication, et à passer commande, régulièrement, de micro-métrages qui viendront souffler sur l’esprit de l’entreprise, afin qu’il se répande joliment dans le monde entier. 

Ce qui suit est une de ces parenthèses proposées par Deus ex machina. L’une des plus poétiques, parce qu’elle remonte aux sources du plaisir qu’il peut y avoir à poser ses fesses sur le petit siège d’un bolide, de lancer le moteur, d’appuyer sur l’accélérateur, et de laisser venir la puissance. Dès que les roues retrouvent un peu d’adhérence sur la surface plane, il n’y a plus qu’à se laisser aller aux sensations de l’air dans la figure, des petites vibrations partout, du paysage qui défile de plus en plus vite, des pétarades du moteur qui pousse derrière. 

Jeff Zwart, qui réalise ce mini-métrage, est un grand amateur de Porsche, marque pour laquelle il a tourné de nombreux spots publicitaires. On retrouve dans Extremity ce goût pour les moteurs qui claquent, pour les carrosseries aux formes doucement fuselées, et pour la simplicité surtout. Quatre roues, un petit bout de place pour poser ses fesses, juste ce qu’il faut de carrosserie légère pour dire qu’on ne conduit pas à cru, en chevauchant directement le chassis, des roues à rayon, de quoi freiner au cas où mais oh, on pourrait presque se passer de freins, car la piste sera aussi simple que l’engin qui servira à la parcourir. 

Il n’y a presque rien, et tout est là. Et on ne s’étonne pas, dès lors, que ce plaisir puisse trouver en un berger australien prêt à piquer un sprint, l’allégorie qui résume tout, allume l’étincelle dans les neurones, pour que le mélange s’enflamme, et que le moteur mental se lance. 

L’engin, c’est un belly tanker Lakester. C’est à dire une voiture de course dont la carrosserie est en réalité un réservoir supplémentaire tel qu’on en fixait sous le ventre des avions, pour en accroître l’autonomie durant la seconde guerre mondiale. Après guerre, aux USA, on s’était dit que les lacs asséchés, qui forment comme des déserts de sel, constituaient des pistes idéales pour lancer des engins le plus vite possible. Ce sont encore les territoires sur lesquels les records de vitesse sur routes sont battus, mais ce furent aussi les circuits gratuits et naturels sur lesquels des bricoleurs plus ou moins doués pouvaient amener leurs engins roulants pour leur faire se dégourdir les pistons. Donc, on appelle Lakester les engins voués à rouler sur les lacs asséchés, et belly tanker ces hot rod construits à partir de réservoirs achetés dans les surplus militaires. Et le film de Jeff Zwart est un hommage à ces mécanos et pilotes modestes, qui parvenaient à construire, sur leur temps libre et dans leur garage, ces engins qui ont la beauté de l’efficacité, de l’artisanat, et de la modestie. Et pour la petite histoire, celui qui, le premier, regarda un réservoir d’avion, le trouva simplement beau, et eut l’idée d’en fait le corps d’un bolide à la fin des années 40, c’est Bill Burke. Et sans doute n’avait-il aucune idée de la tradition qu’il allait initier au moment où il a greffé des roues autour de ce fuselage. On pourrait parler de mécanique brute, comme on parle par ailleurs d’art brut. On pourrait même fusionner les deux catégories, et célébrer la façon dont certains, simplement, réalisent ce genre de choses. 

Le cigare roulant attend sur la plaine. Il n’est là que pour ce plaisir, et on n’en attend absolument rien d’autre. Ni service, ni aspect pratique. Rien d’autre que le bruit, la vitesse, et la liberté. Et si, après tout, l’avenir de l’automobile, c’était ça ? Une rencontre rare et pure entre les éléments et le moteur à explosion. Une expérience qui ne laisse place qu’aux racines de ce plaisir, et taille sévèrement dans tout le superflu; une invitation, au sens propre, à la radicalité.

Allons : 

 


Une petite galerie, pour la route : 

Et un lien, pour en savoir encore un peu plus : 

http://deuscustoms.com/blog/extremity/

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