Monstres & C°

In C5 Aircross, Citroën, Constructeurs
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On avait déjà évoqué, au moment de sa présentation de la version chinoise, la Citroën C5 Aircross. Et on pensait à cette époque qu’il n’y aurait plus grand chose à ajouter à son sujet quand le modèle arriverait en Europe. Tout juste savait-on à l’époque que la banquette arrière serait un peu avancée, par rapport à la version asiatique, privilégiant le volume de coffre, plutôt que l’espace aux jambes. Ca ne semblait pas devoir réclamer une attention maximale. 

Pourtant, le Bon Dieu, lui aussi, peut se cacher dans les détails, et ce qui constituera le plus important signe distinctif entre ces C5 Aircross des deux mondes, pourrait bien être le détail qui tue, le petit plus qui change pas mal de choses au moment d’opter plutôt pour ce modèle que pour un autre. 

Mais avant de se pencher sur ces fameuses places arrière, un petit retour sur le style général de ce nouveau SUV Citroën.

The BFG

Quand le concept Aircross avait été présenté, on pouvait être frappé par la façon dont Citroën osait proposer une face avant qui, tout en respectant les principes généraux de la face avant des derniers modèles, déclinait ces principes dans un genre tout à fait nouveau, plus agressif, plus acéré, un peu intimidant. Le dessin du concept entier était tout en muscles, en proportions puissantes, mais la face avant, avec ses phares noircis planqués dans la ligne de la calandre, simulant un regard aux aguets, faisait carrément penser au faciès un peu flippant, quand on l’a bien en vue dans le rétroviseur, des coupés américains de la trempe d’une Chevrolet Camaro. Et qu’une Citroën puisse évoquer une muscle car, ça n’arrive pas tout à fait tous les jours.

Sur la version commercialisée de cette C5 Aircross, on reconnaît aisément les traits du concept. Quelques détails viennent assagir ce visage, comme l’ouverture d’air supplémentaire qui apparaît au-dessus de la plaque d’immatriculation (un détail dont on se dit qu’on se passerait volontiers, mais qui doit avoir une nécessité technique, et peut-être esthétique, aussi, dans la mesure où les proportions du concept et du modèle finalisé sont assez substantiellement différentes), ou le fait que les phares ne sont pas obscurcis sur le modèle mis en vente, semblant dès lors moins dissimulés, moins furtifs, et du coup un peu moins inquiétants. Mais vu de face, cet Aircross affiche tout de même un air costaud qui intime le respect. Et si on veut faire le lien entre ce modèle et la berline C5 qu’il remplace (parce que, pour le moment, c’est bien en ces termes que dans la gamme Citroën, les choses se posent), on peut se dire que, après tout, tout en étant absolument différente de celle qui l’a précédée, il y a un effet un peu semblable produit par la face avant des deux modèles, qui posent toutes les deux le modèle comme statutaire, en faisant un clin d’oeil aux « bagnolards », les regardant de biais en leur disant « Hey, t’as vu, nous aussi on aime les bagnoles ! ». 

Mais là où la berline allait chercher l’amateur d’automobiles de façon sérieuse, le SUV, lui, joue davantage sur une légère ironie qui ajoute à ce modèle une bonne dose de sympathie. Parce que si le concept pouvait un peu faire penser à un modèle sorti de chez Sbarro, le modèle proposé à la clientèle a considérablement assagi ses galbes, pour devenir plus protecteur, accueillant et familial. Du coup, avec sa face avant sérieuse, un son regard devant lequel on n’a pas trop trop envie de faire le malin et son corps chaleureux et sécurisant, il fait un penser à Jacques Sullivan, le héros de Monstres & Cie. Au premier regard, on a envie de partir en hurlant, et puis, figé par la peur, on le regarde un peu mieux dans les yeux, et on s’aperçoit qu’en fait, il a une allure plutôt sympa. J’ai déjà évoqué, ailleurs, ce talent qu’a la face avant des Citroën, depuis le C4 Picasso MK3, de pouvoir être regardée de deux façons différentes, selon qu’on décide que le regard de la voiture se trouve dans les éclairages diurnes, ou dans les phares. Ici, il y a bien, aussi, une double lecture dans la face avant, mais elle est plus subtile, s’exprimant plutôt sous la forme d’une question : faut-il prendre ce regard intimidant au sérieux ? Ou peut-on se laisser attendrir ? 

Trouver sa place dans la famille

L’autre point qu’on peut commenter, désormais, ce sont les différences avec le modèle chinois. Il faudrait creuser l’histoire du volant à trois branches, parce que sans doute y aurait-il quelque chose d’intéressant à découvrir dans le fait qu’en Chine, ce volant ne soit doté que de deux branches. Sans doute ne donne-t-on pas, au pays du soleil levant, un sens particulier à la présence de la troisième branche, par manque de culture du sport automobile, là où, chez nous, cette troisième branche signifie quelque chose, et propulse l’imagination vers les connotations d’agilité, de dynamisme, de maîtrise. Mais l’élément réellement distinctif de la C5 Aircross européenne, c’est cette fameuse banquette arrière, qui n’en est pas une, puisqu’il s’agit d’un ensemble de trois sièges indépendants, tant dans leur coulissement d’avant vers l’arrière, que dans leur rabattage, que de l’inclinaison de leur dossier. On lit, de ci de là, que si c’est là tout ce que Citroën a à proposer en terme d’innovation et de spécificité, alors la marque se moque vraiment du monde. Certes, on peut s’en tenir aux seules apparences. Pourtant, il y a là quelque chose de vraiment intelligent, parce que ça permet au C5 Aircross de trouver sa juste place au sein des SUV du groupe PSA. En s’appuyant sur le format du DS7, dont il partage l’empattement, il se trouve à mi-chemin du 3008 et du 5008. Or, quand on achète un SUV Peugeot, on peut hésiter, entre la praticité du gros modèle, et la beauté de sa version plus courte. Finalement, c’est sans doute un peu l’usage qui décide l’acheteur : ai-je vraiment besoin d’un volume de chargement maousse-costaud ? De sièges supplémentaires ? Mais quelque chose peut demeurer, dans l’esprit de celui qui opte pour le 3008, c’est l’absence des sièges indépendants du 5008, puisque sur le petit modèle, on trouve une banquette classique. 

Le C5 Aircross, de ce point de vue, c’est un peu le meilleur de ces deux mondes. L’empattement allongé permet, techniquement, d’introduire les sièges coulissants, pour autant, l’engin ne ressemble pas à un fourgon, il y a une vraie possibilité d’emmener un meuble depuis l’antiquaire jusqu’à la maison, et les gamins peuvent jouer avec leur siège. Parfait ! Evidemment, sur le DS7, un tel dispositif jurerait, parce qu’il n’a rien de classieux, mais ici, ça colle parfaitement avec l’esprit paisible que développe le C5 Aircross. 

La famille Adams

Et cette paix intérieure, d’une certaine façon, on la retrouve dans plusieurs domaines. Tout d’abord, parce que ce côté très sérieux de la face avant est joué avec la dérision et le second degré que j’ai évoqués plus tôt. Mais aussi parce que finalement, la voiture n’a rien de ce que certains SUV peuvent avoir d’agressif ou de m’as-tu-vu. Grâce au jeu des airbumps, et des détails coloré, l’Aircross a finalement l’air « sympa ». Il n’est pas le genre de bagnole dont on descend, sur l’aire d’autoroute, pour toiser les autres automobilistes d’un air méprisant (ce que pas mal d’autres modèles, eux, incarnent). Il est plutôt sur le créneau des SUV coréens, qui commencent à avoir de l’allure, sans pour autant tomber dans le panneau du « statutaire ». Et sur ce créneau, on peut dire que la proposition Citroën a une certaine allure. 

Un bon gros géant, un gentil monstre accueillant, voici la définition qu’on pourrait donner de ce C5  Aircross. Voila, aussi, une bonne base pour la conceptualisation générale d’une marque qui pourrait trouver, là, une identité en même temps forte, familiale, plaisante, et moderne. Et si on y réfléchit, l’erreur de Citroën, ces derniers temps, c’est peut-être de ne pas suffisamment assumer ce petit côté « Famille Adams », qui fait pourtant partie de son histoire, quelques modèles s’étant, par le passé, signalés par des designs un peu « aventureux ». L’assagissement du C4 Cactus est, sur ce point, un manque d’audace. Si ce modèle avait persisté dans ce que sa première version proposait, il aurait pu jouer le rôle d’un magnifique Bob Razowski.

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