La Fureur de vivre

In Art, Phautographie
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Magie des particularismes locaux en matière de réglementation routière : en Suède, on peut conduire une voiture dès l’âge de 15 ans, pour peu que ce ne soit pas tout à fait une voiture, mais un engin agricole. Mais à la faveur d’une astuce de la loi, des automobiles dûment modifiées peuvent être considérées comme engins agricoles, et être confiées aux jeunes mains d’adolescents qui goûtent alors, avant l »heure, les joies des virées entre semblables, des petites routes enneigées, des phares trouant la nuit, des activités qui font de la buée plein les vitres. Les mecs embarquent les fille, on exagère un peu, on brûle de la gomme dans des engins qui ne craignent plus rien. Evidemment, préférence nationale oblige, c’est le plus souvent en Volvo qu’on fait ses premiers tours de roue. Une Volvo décapitée façon pick-up, certes, mais, si on veut bien voir les choses sous l’angle d’un ado, et non d’un juriste, une bagnole quoi, le passeport pour l’éloignement de la cellule familiale, l’exploration des environs, le dispositif permettant l’exogamie. En gros, le tractor, la bagnole agricole, est à l’adolescence suédoise ce que le BMX est aux ados chez Spielberg. 

Martin Bogren est photographe, et il est suédois. Originaire d’un coin un peu profond de la Suède, il était familier de cette tradition juvénile consistant à bricoler des berlines et des breaks pour pouvoir en faire son véhicule de virées entre potes. Ça a quand même une autre gueule qu’une voiturette sans permis, sur le parking du lycée. Désireux de photographier la saison des passages sans pareille que constitue l’adolescence, Martin Bogren a plongé dans cette nuit juvénile, mélange de volant froid, d’habitacles moites, de non-respect du code de la route, de séduction, de premières amours, de sexe aussi, évidemment, et il a réussi à percer cette nuit pour en capter quelques photons venus frapper le capot d’une Volvo 850, la fumée des pneus driftant sur l’asphalte, les baisers échangés dans le froid. 

C’est bien simple, le portrait qui se trouve en tête de cet article est peut-être bien le plus beau portrait d’adolescent que je connaisse. 

De sa virée dans les environs de Malmdi, Martin Brogen a tiré une exposition et un livre, Tractor Boys, mémoire des nuits sans fin dans la Suède rurale. Certaines de ses photographies se trouvent, en ce moment, exposées à la Fondation Louis Vuitton, dans le cadre de l’exposition consacrée aux liens entre photographie et automobile. On peut aussi voir des tirages correctement imprimés de certaines des photographies de cette série dans le n°14 de Fisheye.

http://martinbogren.net/index.html

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