Burn Hollyroad burn

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Inutile de faire les présentations, on connaît déjà tous les passagers de ce transport en commun.

Mirwais, on connaît. Mais si ! La moitié la moins sombre de Taxi Girl ; celle qui, des deux, devait être la plus chargée en énergie vitale puisque ses forces la portent encore. Celle qui parvenait à synthétiser le rayonnement ultraviolet du soleil noir Daniel Darc, le guidant à travers de multiples filtres pour en faire une source de chaleur à laquelle on puisse prendre quelques couleurs. Mirwais Stass fait partie de ceux qui conçoivent le métier de producteur comme un art musical à part entière. Ainsi, à l’écouter on devine ce que ses propres oreilles ont elles-mêmes captées auparavant. Et c’est ainsi qu’il injectera dans la pop de Madonna des séquences d’erreurs numériques telles que la lecture parfois saccadée des CD en produisait, transformant en motif musical ce qui n’était à l’origine que parasite. Tout naturellement, cet l’album qu’il a organisé pour la reine de la pop s’intitule, simplement, Music, et ce n’est pas un hasard si c’est, tout bonnement, son meilleur.

Mirwais nous aura aussi appris la patience. Dans une vie, on aura passé un temps fou à attendre une nouvelle production de sa part, car il est rare. Heureusement, chacune d’entre elles a tendance à tourner en boucle, sur nos lecteurs tout d’abord, et dans nos têtes ensuite. Autant dire qu’on trépigne un peu d’excitation, puisque hier, sortait un nouveau titre de Mirwais, intitulé 2016 – My Generation. Et c’est une double consolation qu’on éprouve à l’écouter. Car il aide à porter le deuil de Daft Punk, tout en célébrant la résurrection de celui qui, tel un Phoenix, n’aura cessé de sortir vivant des brasiers qu’il auraient pu, tant de fois, le consumer.

H5, on connaît bien. Mais si ! L’incroyable clip réalisé pour The Child, d’Alex Gopher. Un univers de lettrages dans lequel le nom des choses prend la place des choses elles-mêmes. Un récit mettant en scène les mots racontant l’histoire plutôt que les êtres et les choses qui vivent cette histoire. Les personnages dont là, mais sous la forme des noms qu’ils portent. Une traversée du mot Ville par le mot Taxi au milieu des mots Moto, Police, Rue, Ciel… Mais H5 c’est aussi le clip de Remind Me, de Röyksopp, dont la matière première est entièrement faite d’infographies, un principe qui fut ensuite repris pour constituer la pub Areva que tout le monde connaît. C’est aussi le spot pour le Volkswagen Touran, suivant le parcours d’un train fantôme. Et le spot Mercedes focalisé sur le motif de l’étoile. Et encore plein, PLEIN de micrométrages visuellement bluffants, rivalisant d’ingéniosité et de références culturelles pop. H5, c’est l’art et la manière de conjuguer l’esprit malin et le Wow effect. Et à la réalisation, Ludovic Houplain, épicentre des œuvres les plus importantes du studio H5, dont le court métrage sélectionné à Cannes, et césarisé, Logorama, qui est un développement en grand format de tout ce que cette équipe sait, et sait faire.

Trans-Century Express

Tout ça, on le retrouve dans le monumental clip réalisé par Ludovic Houplain pour le tout nouveau single de Mirwais, 2016 – My Generation. Musicalement, on retrouve la plage de fréquences tassée, telle que Mirwaïs la compresse régulièrement. Et curieusement, on a l’impression d’écouter la playlist de l’enterrement de Daft Punk, comme une musique d’après le deuil. Ce moment où le blues flotte encore à la surface de l’être, alors qu’en profondeur les pulsations de la vie reprennent. 2016 – My Generation est un titre synthèse, plus que synthétique, un bilan, un inventaire avant liquidation, un baroud d’honneur, la sortie de route de Vil le Coyote, ce moment où il poursuit sa course, emporté par son élan au-dessus du vide, n’ayant pas encore pris conscience de l’inéluctabilité de sa chute.

Visuellement, c’est aussi l’heure des soldes. Et c’est en gros une génération entière de références, de codes, de signaux communs qui est passée en revue le long d’une avenue sans fin. Une pop culture au grand complet, au garde-à-vous sur le bord la route, prête pour une dernière revue des troupes avant de tirer la chasse. Comme si tout ce que nous avons en commun était rassemblé en un seul et même lieu, exposé en place publique pour un jugement dernier qui s’annonce mal. Parce que de toute évidence, quand on réunit tout ce sur quoi nous nous sommes enracinés, c’est la nausée qui nous submerge, et on se rend compte qu’on a peut-être poussé le bouchon un peu loin, Maurice. Certes, le lisier nourrit, mais c’est un peu comme tout ce qui est très nourrissant : il ne faut pas en abuser.

Highway from hell

Si on ne sait pas ce qu’iconique veut dire, on peut prendre cette route, et regarder par la lunette arrière ce monde déjà vieux exposer tout ce qu’il a à donner, défiler une dernière fois sous nos yeux et filer vers l’horizon. Sport, idéologies, tourisme, mode, e-commerce, porn-culture, politique, finance, c’est notre univers tout entier qui se trouve concentré en une poignée de minutes, et de kilomètres. C’est tout compte fait un tout petit monde, un village mondial dans lequel on cherche quand même si on retrouve ses repères, un peu comme on guette du regard un magasin, un coin de rue dont on se souvenait quand on retourne dans une ville quittée depuis longtemps.

A travers les bagnoles, ce qu’on aime aimer, c’est la route, le déplacement, le départ sans destination programmée dans le GPS, comme une fuite à cheval à travers les villes, le tracé d’une perspective, fut-elle inversée.

Mirwais et ses metteurs en images nous embarquent, pour un dernier covoiturage. En passagers, on peut regarder le monde tel qu’on le connaît, histoire de frôler l’overdose. Une bonne fois, pour toutes. Et ça sert aussi à ça, la bagnole : à prendre ses distances, à partir dans la cambrousse, et à regarder de loin la ville brûler, assis sur le capot, une bière artisanale à la main.

Quand les dernières fumées de cette mise à niveau se seront dispersées dans l’atmosphère, il sera temps de remonter en voiture, de lancer le moteur, et de reprendre la route, pour aller voir ailleurs, si on y est.

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4 Comments

  1. Bravo pour ce site ! Je réalise connement que je n’y étais jamais allé auparavant, en tout cas tout ça me parle, quelle belle connaissance de l’univers musical ! Un plaisir à lire, je vais vite découvrir les autres articles…

    • Merci !

      La musique n’est pas vraiment l’objet principal, mais comme il est quand même ultra rare que les bagnoles soient présentées sans accompagnement musical, finalement, il y a de la musique un peu partout sur ce blog ! Et là, avec Mirwais, c’est plutôt de bonne qualité. Et en fait, l’actualité automobile étant un peu plus calme ces temps ci, dans les jours qui viennent, ça va être pas mal branché clips et pubs sur ce site.

    • L’oeuvre toute entière de ce studio est juste incroyable. D’ailleurs Logorama, qui avait obtenu le César du court métrage en 2011, proposait un univers déjà assez proche de ce clip, en cumulant dans un seul et même récit une collection quasi exhaustive de tous les logos, enseignes et effigies auquel le monde commercial, qui est une véritable culture en lui-même, a pu générer, surfant sur ce qui est constitué comme un patrimoine mental commun.

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