Intérieur-nuit

In Art, Phautographie
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Il y a un paradoxe de l’habitacle automobile : il abrite et expose tout à la fois. On pourrait croire qu’il est un lieu intime, et il l’est en partie, on s’y réfugie, on y est, un peu, chez soi; un étranger ne peut y entrer que si on l’y invite, et s’il entre, c’est après en avoir demandé l’autorisation qu’il pourra modifier les réglages du siège, de la clim’ ou actionner les vitres; l’habitacle a tout d’un lieu privé, largué au beau milieu de l’espace public.

Car l’habitacle expose, aussi : si les surfaces vitrées permettent d’avoir, sur l’environnement, une visibilité optimale, elles le rendent bien aux occupants, qui sont exposés à la vue de tous. Et les vitres fumées n’y changent pas grand chose, tout d’abord parce que le pare-brise, lui, demeure translucide, ensuite parce que la nuit, le vitrage redevient plus transparent, les films utilisant surtout le reflet de la lumière diurne pour opacifier les surfaces, la nuit, ils occultent moins et laissent passer la lumière provenant de l’intérieur de l’habitacle. On devine alors les visages, éclairés par les diodes des tableaux de bord, les phares des autres voitures, les écrans qui envahissent les tableaux de bord, l’extrémité rougeoyante d’une cigarette sur laquelle on tire, le matin, pour se détendre un peu sur le chemin du boulot. 

J’avoue profiter des embouteillages matinaux pour tisser un lien tout photographique avec ceux qui, comme moi, sur le coup de 6h30, sont bloqués aux alentours, souvent, du pont d’Argenteuil. Exactement comme dans le train, on croise souvent, quotidiennement, les mêmes passagers, l’enchaînement de rond-points et de feux du trajet quotidien devient vite l’occasion d’un rendez-vous avec des inconnus dont on connait quelques unes des habitudes : la dame à la clio a été chez le coiffeur hier ; le gars qui écoute France-Info à fond a dû laisser le 3008 à sa femme, ou au garage, puisqu’aujourd’hui il se déplace en Smart ;tiens, le jeune homme en cravate de 6h45 s’est acheté un Twizy ! L’embouteillage, en fait, est une des formes du transport en commun, simplement plus absurde que les autres. Comme le train ou le bus, il laisse le loisir de se regarder les uns les autres, d’échanger au moins un regard, et c’est cet instant que j’essaie de capter. 

 

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