Antigel

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D’ici quelques jours, tout le monde va crever de chaud. Passons sur le caractère un peu prématuré de telles températures, faisons comme si de rien n’était, puisque de toute façon, que nous y soyons ou pas pour quelque chose, la température actuelle, nous ne pouvons que la subir, puisqu’il semble ne pas y avoir, sur cette planète, de thermostat.

On va donc avoir besoin d’un de fraîcheur.

En voici.

Je suis conscient du caractère paradoxal de ce rafraîchissement : les deux brise-glaces que vous allez voir sont russes, et on sait à quel point la Russie convoite les passages nordiques s’ouvrant peu à peu, et plutôt rapidement, pour y faire passer tout un tas de navires qui sont autant de promesses de gains en tout genre. Ne faisons pas les malins, nous autres sommes pas mal doués, aussi, pour la convoitise.

Autant dire, donc, que ces navires incroyables, de 75 000 chevaux chacun, voient ce dégel comme une aubaine, autant dire aussi qu’ils participent à l’accélérer. Pour autant, ces machines incroyables ne sont pas la cause du problème, elles en sont l’outil. Et en tant que telles, elles se mettent au service d’un objectif que ni elles, ni leur équipage ne décident. Et on sait ce que doivent de nombreux autres navires, pas aussi armés pour ce genre de milieu, ce que de nombreuses expéditions et parfois, même, de croisières de tourisme, doivent à ces engins capables d’aller là où les autres ne vont pas, là où rien d’autre, à vrai dire, ne peut aller.

Cette puissance phénoménale, le Yamal et le 50 Let Pobedy ( 5O ans de victoires en vf ) la tirent, tout simplement, de leur réacteur nucléaire. La Russie est à ce jour le seul pays disposant d’une flotte de brise-glaces nucléaires.

Mine de rien, le brise-glace est le seul bateau dont l’élément naturel ne soit pas nécessairement liquide. Capable d’affronter l’eau sous état solide, il navigue sur une frontière des mondes dont il modifie en permanence le tracé. Ouvrant des voies qui se referment derrière lui, il est une sorte de Sisyphe mécanique, condamné à refaire sans fin ce qu’il construit. Si on traçait les autoroutes ainsi, chaque voiture déposerait devant elle un ruban de goudron qu’elle retirerait aussitôt après l’avoir franchi.

A vrai dire, tant que l’eau figeait derrière chaque machine de ce genre, il n’y avait pas problème : le navire brisait une glace qui se reformait aussitôt. Le problème se pose aujourd’hui parce que derrière son sillage, les eaux demeurent liquides, et le chemin qu’il fraie, il n’est plus nécessaire de le retracer

L’inquiétant dès lors, ce n’est donc pas l’existence de ces travailleurs des mers ; c’est plutôt qu’un jour prochaine on puisse ne plus en avoir besoin, qu’on ne saura plus ce que signifie leur nom, et qu’on aura une idée vague de ce contre quoi ils se lançaient.

Ce film a été tourné par un studio de création vidéo russe, Timelab.pro, qui a passé sept jours sur le pont de ces navires. Le rendu visuel est tel qu’on se demande, la première fois, si ce sont des prises de vue, ou une animation numérique. Cette équipe fait du très bon travail, en utilisant des techniques de tournage contemporaines, dans une perspective plus esthétique que technique. C’est tellement beau qu’on en oublie les moyens qu’il a fallu mettre en oeuvre pour parvenir à un tel résultat. On reviendra sans doute un jour ou l’autre sur le travail de cette équipe.

2 Comments

  1. Métaphore du navire 3008, mini brise lame dans les fjords de Norvège , traçant sa route estivale, avançant dans les terres étrangères, fragile machine à souvenirs, avant que ces terres se referment derrière lui définitivement; vacances et voyages devenus impossibles sous les coups de boutoir du climat. Glaçant!

  2. C’est très bien vu !

    Et c’est marrant, c’est exactement ce que je me suis dit : faisons-le au moins une fois, parce qu’à moyen terme, ce sera impossible, soit parce que ce sera interdit, soit parce que, concrètement, les moyens nécessaires pour ce genre de périple n’existeront plus.

    Sans doute cette petite virée restera t-elle, plus tard, comme le souvenir d’un temps ancien, d’une époque révolue.

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