Take on me

In Annis Naeem, Art, Lamborghini Terzio Millenio
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Vous savez quoi ?

A l’origine, je m’étais réservé un moment cet après-midi pour rédiger quelque chose à propos du nouveau concept DS. Mais voila : comme on le craignait, il n’y a pas vraiment de nouveau concept DS, la marque inaugurant une tendance dont on espère qu’elle ne sera pas trop suivie : le restylage d’anciens concepts cars, simplement remis au goût du jour, esthétiquement, et techniquement.

L’E-Tense Performance étant une déclinaison encore moins faisable d’une bagnole déjà pas faisable, elle atteint un degré assez élevé sur l’échelle de l’irréalisable. On pourrait se dire qu’après tout, un concept-car évolue précisément suffisamment en avant du monde tel qu’il est pour sembler, toujours, hors du champ du possible. Mais justement : en choisissant de s’incarner sous une carrosserie qui fait déjà partie du passé dans la mémoire des amateurs d’automobiles, la projection dans le futur devient compliquée, et les solutions techniques que contient ce démonstrateur technique passent au second plan, puisque l’objet est, d’emblée, décevant. Peu importe, dès lors, que l’ensemble des éléments mécaniques (pour peu qu’on puisse utiliser ce terme) soit issu des organes techniques développés sur la monoplace de Formula E. Comme on sait qu’on ne conduira jamais l’E-Tense Performance, et qu’elle n’existera jamais que pour nos yeux et sur écran, si nos yeux sont déçus, le désappointement envahit carrément tout notre être.

Si seulement cette semaine ne comptait que cette déception. Mais voila : il aura fallu qu’Alfa Romeo décide, aussi, de dévoiler son SUV Tonale, histoire de creuser un peu en nous le déficit de satisfaction. On y reviendra peut-être, si on n’a vraiment rien d’autre à faire, mais on reste un peu estomaqué par le degré de hors-sujet qu’est capable d’atteindre cette marque. Ca ne date pas tout à fait d’hier, mais si jamais Alfa devait ne pas vivre encore bien longtemps, un tel modèle aura été une façon assez réussie d’approcher un peu plus la marque de sa propre tombe.

Comment, dès lors rattraper le coup ? Que se mettre sous la dent qui puisse faire couler de nouveau le sang là où il est capable de procurer quelques plaisirs, qui puisse aller chatouiller les nerfs qui font que les poils se dressent un peu partout sur le corps ? Je crois que j’ai ce qu’il nous faut.

Puisqu’on parlait récemment de Lamborghini, restons dans les parages de cette marque. Il y a un an, un réalisateur indépendant partageait ce qu’il appelait lui-même une Ode à la vitesse, an Ode to speed. Suscité par la découverte du concept Terzo Millenio présenté par Lamborghini, provoqué par cette interprétation pleine de promesses de ce que pourrait être une supercar électrique, Annis Naeem construisait un microfilm carburant à l’énergie pure, délaissant les représentations très lisses qu’on propose généralement quand il s’agit d’automobiles électriques pour laisser parler la poudre de graphite du crayon, dessinant le concept Lambo luttant sous l’écrasement cinétique, le déchirement mécanique, l’arrachement aux lois de la physique censées clouer toutes les masses dans l’immobilité. Ici, le bolide fonce, tête baissée, tel un taureau littéralement hors de lui, portant ses roues à l’incandescence, irradiant toutes les particules se trouvant dans son sillage. Si elle le pouvait, la Lambo déchirerait pour de bon l’univers qu’elle traverse de part en part, sans aucun égard pour les matériaux sur lesquels elle évolue. Chauffée à blanc par le frottement de l’air sur sa peau de matériaux composites, emmagasinant en elle toutes les énergies disponibles pour les restituer sous la forme de vitesse pure, elle semble consommer l’atmosphère, en faire son carburant, et avaler pour de bon l’espace qu’elle traverse, comme si elle effaçait tout sur son passage.

Et d’une certaine manière, elle le fait vraiment : l’image de la Terzio Millenio évolue sur le papier, telle une créature du clip de A-ha, Take on me, au son des multicylindres de compétition. Certes, l’engin est électrique. Mais peu importe en fait : elle est héritière de cette technologie ancienne, dont les enfants qui naissent aujourd’hui connaîtront à peine l’existence ; un jour, on oubliera ce qu’avait été le moteur à explosion. Pourtant, les automobiles futures seront bien marquées génétiquement par cette technique avec laquelle elles auront dû rompre. Sous la palette graphique d’ Annis Naeem, au passage d’un tunnel graphique, l’engin trouve sa vraie nature, et se matérialise pour de bon : ce sont alors les chuintements des flux électriques et le souffle des masses d’air s’écoulant le long des surfaces travaillées de la Lambo qui composent la bande son de cette accélération sans fin. Finie la lutte infinie avec les éléments. C’est comme si l’univers physique avait abandonné toute forme de résistance et se laissait transpercer par le véhicule transformé en pur fluide, jet de particules jeté dans la masse du monde pour le traverser plus vite encore, toujours plus vite.

Au moment de révéler ce film, Annis Naeem n’avait sans doute pas conscience que, un an plus tard, celui-ci pourrait constituer pour nous un apport d’oxygène bienvenu dans une semaine un peu étouffante. On peut se passer son Ode to speed en boucle, plonger le regard dans les trajectoires de la Lamborghini sketchée par son talent graphique, sentir la façon dont cette masse de puissance arrache la matière du monde pour s’en nourrir, et se dire que décidément, ces temps ci, c’est dans l’univers parallèle des images qu’on peut trouver, davantage que dans la réalité, un peu de plaisir, encore.

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2 Comments

  1. Shame on me, je ne connaissais pas le clip de Take on me….
    Je viens d’enjailler l’open space grâce à toi 😀

    • Ah, super musique (toute la discographie de A-ha me semble être de très haute volée), et super clip aussi, réalisé par Steve Barron, à qui on doit le clip fondateur de Michael Jackson, Billie Jean, mais aussi celui de Rough Boy de ZZ Top, avec son croisement entre le hot rod Eliminator et une navette spatiale. Le crayonné de cet hommage à la vitesse pure m’a tout de suite fait penser à l’animation de Take on me 🙂

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